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Baby Blues ou dépression post partum : 3 manières de le savoir

Publié le 14/09/21 17:30

Il est courant de parler de baby blues pour désigner un état de mal-être fréquent qui peut suivre la période de l’accouchement. On confond souvent cet état, bénin et transitoire, avec la dépression post partum qui est elle, un véritable syndrome dépressif.

La différence entre la dépression post partum et le baby blues réside dans sa durée et par l’intensité des symptômes ressentis, qui impactent lourdement le quotidien. Ces symptômes rendent difficile l'ajustement harmonieux à cette expérience nouvelle qu’est la maternité et risquent au long cours, d’avoir un impact sur la relation entre l’enfant et sa mère. C'est pourquoi il est important de détecter la dépression post-partum rapidement. Afin de vous accompagner dans cette démarche, nous vous proposons 3 clés qui vous permettront de l'identifier, mais aussi de mieux la comprendre.

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Sommaire de l'article :

  1. La dépression post partum c'est quoi ?
  2. Les signes de la dépendance post partum
    1. Reconnaître les symptômes
    2. Les facteurs de risque
    3. 3 manières de reconnaître la dépression post partum

La dépression post partum c'est quoi ?

La dépression post partum est une maladie complexe et multifactorielle.

A ce titre, il n’existe pas de cause unique de la dépression post partum, qui est considérée comme une forme spécifique de dépression.

Un ensemble de facteurs physiques, hormonaux, sociaux, psychologiques et affectifs sont susceptibles d’expliquer le déclenchement, la stabilisation, voire la chronicisation de la dépression post partum. Si les facteurs déterminants varient en fonction de la personne atteinte et de sa sensibilité au sens large, on sait aussi que les événements de vie, ou plus précisément le vécu psychique individuel de ces événements (qui peuvent être plus ou moins anodins), doivent également être pris en compte pour comprendre l’apparition d’un état dépressif.

L’expérience de la grossesse et l’accouchement, constituent des événements psychiques majeurs, notamment du point de vue des transitions de rôle dans le cas d’une première grossesse, comme par exemple, le passage du rôle de fille à celui de mère, au niveau intime comme au niveau social. Ces expériences convoquent des vécus existentiels très forts, plus ou moins conscients : donner la vie et par extension se confronter à l’idée de la mort. Cela peut se révéler être une telle épreuve pour le psychisme, qu’il doit se réguler par l’apparition de la dépression post-partum comme moyen de gérer, tout en mettant en lumière, les tensions internes auxquelles il est soumis. C’est ce qui explique également l’existence de psychoses puerpérales, c’est-à-dire d’expériences psychotiques liées à l’expérience de la grossesse, de l’accouchement et de la maternité. Ces psychoses se déclenchent suite à l’arrivée de l’enfant.

On doit comprendre ici que la construction psychique individuelle, c'est-à-dire, sa structure, ses failles, ses modes de fonctionnement et de défense privilégiés, est déterminante dans le développement éventuel d’une pathologie du post-partum et va déterminer sa forme d’expression (en l’occurrence psychose ou dépression). Pour ces raisons, la dépression post-partum peut aussi constituer la décompensation d’une pathologie préexistante qui serait restée jusque-là plus ou moins latente, comme par exemple, un trouble bipolaire. Pour aller plus loin dans la compréhension des caractéristiques spécifiques au post-partum, on peut les analyser du point de vue de leurs effets sur le psychisme.

Au-delà de l’impact également déterminant des bouleversements physiologiques et hormonaux impliqués dans la grossesse et dans l’accouchement, ce dernier représente pour la mère, un deuil nécessaire du point de vue psychique et symbolique. La grossesse renvoie à un processus physique et psychique d’expansion, avec la croissance de l’enfant rendue observable, et elle constitue ainsi un espace majeur de projections conscientes et inconscientes liées au fait de prendre part au développement de la vie (remaniements identitaires, problématique de la toute-puissance…). La grossesse implique simultanément des enjeux quant au fait de porter un enfant qui sera le nôtre, c’est-à-dire inscrit dans une lignée et prenant sens dans une histoire familiale et personnelle. Cet enfant à venir est donc « construit » avant d’exister, imaginé par la mère et virtuellement forgé par les représentations intimes qu’elle projette autour de l’idée de donner naissance à un enfant à soi.

En somme, bien avant sa naissance, le bébé est fortement investi par sa mère, même si cet investissement peut prendre la forme d’un rejet ou d’une négation, dans certains cas, en fonction de sa propre histoire, de sa vie fantasmatique, de ses conflits internes.

Survient alors l’accouchement, la mise au monde, la naissance, qui est bouleversante pour la nouvelle mère à plus d’un titre. D’abord, il signe la fin de l’état de plénitude que pouvait représenter la relation physique (et par extension psychique) symbiotique avec le bébé, et donc la confrontation immédiate avec le vécu d’un vide, d’une perte, d’un manque qui y est associé. Ensuite, l’arrivée de l’enfant dans le réel, implique une rupture vis-à-vis des multiples projections maternelles : les constructions fantasmatiques qui ont pris naissance au cours de la grossesse sont à présent confrontées à la réalité qui de fait leur impose des limites : l’enfant est maintenant concret, réel, et vivre la rencontre implique de renoncer à un certain absolu en lien avec les représentations intimes du bébé rêvé et de la relation mère-enfant idéale.

Avec la naissance la mère est donc placée face à la nécessité de réaliser un double deuil (aux niveaux inconscient et symbolique), celui de l’état de grossesse qui incarne la symbiose et la plénitude, et celui de l’enfant imaginaire dont la représentation structurait sa vie intime. De plus, l’accouchement en tant qu’expérience physique confronte au vécu de la perte au sens large (perte de l’enfant à l’intérieur de soi, mais aussi perte de soi, de sa substance propre) et peut confronter à des angoisses primitives majeures dont la bonne gestion dépendra de la construction psychique de la mère.

Ainsi, la grossesse peut être considérée comme une période de remaniements psychiques importants et l’accouchement comme une transition brusque d’un état vers un autre, d’une réalité à une autre. A ces épreuves psychiques viennent s’ajouter la fatigue liée à l’accouchement et l’expérience parfois éprouvante des premiers soins donnés à l’enfant.

Dans ces conditions et en tenant compte des bouleversements hormonaux à l’œuvre pendant cette période, on comprend aisément que 50 à 80% des femmes traversent un état de déprime passagère suite à la naissance de leur enfant : c’est le baby-blues. Comme on va le voir, celui-ci est transitoire et disparaît spontanément au bout de quelques jours.

Dans certains cas cependant, les ressources psychiques ne suffisent pas à contenir les fortes tensions internes et les angoisses qui y sont liées, et c’est une véritable dépression qui va se développer dans ce même contexte ; on parle alors de dépression post-partum. 

Les signes d'une dépression post partum

reconnaître les symptômes

Les symptômes de dépression post-partum sont semblables à ceux associés à une dépression majeure, dans la mesure où, selon les classifications psychiatriques, la dépression post-partum est un trouble dépressif dont la spécificité principale est sa survenue suite à l’accouchement. Elle est relativement fréquente, touchant 10 à 20 % des femmes.

On retrouve dans la dépression post-partum les symptômes propres à l’épisode dépressif : 

  • Une extrême tristesse avec la possibilité de sautes d’humeur et qui peut être associée à des pleurs incontrôlables
  • Une insomnie ou au contraire une hypersomnie
  • Une perte d’appétit ou au contraire une suralimentation
  • Une irritabilité
  • Des douleurs somatiques (maux de tête, de dos…) 
  • Une fatigue importante.

L’humeur triste est souvent pour une part, liée à un sentiment de découragement et d’incapacité concernant le rôle et la fonction maternelle (impression de ne pas être – ou pouvoir être – une « bonne mère »), mais aussi à une anxiété importante qui s’exprime principalement par des phobies d’impulsion (peur irrationnelle de faire volontairement du mal au bébé) et des craintes de blesser involontairement l’enfant, ce qui entraîne souvent un évitement du contact avec celui-ci.

On peut parfois aussi observer l’expression d’un désintérêt pour l’enfant, soit initialement soit consécutivement à l’évitement répété de la relation, et particulièrement dans les cas où l’épisode dépressif est teinté d’une forte apathie.

On retrouve également fréquemment chez les femmes souffrant d’une dépression post-partum une forte culpabilité concernant leur propre état dépressif qu’elles considèrent comme illégitime. On peut raisonnablement faire l’hypothèse ici qu’une certaine pression sociale associant systématiquement la maternité à un bonheur inconditionnel ne leur permet pas d’accepter leur mal-être en cette période particulière de leur vie. Elles peuvent donc avoir tendance à minimiser leurs troubles et leur souffrance voire à les dissimuler à leur entourage, ce qui rend le diagnostic souvent difficile à établir.

Ces différents troubles ont tendance à entraîner des difficultés importantes au niveau des interactions mère-enfant. Pour cette raison et parce que les femmes qui en sont atteintes ont souvent du mal à demander de l’aide, il est également important de surveiller les manifestations pouvant alerter sur une possible souffrance psychique du bébé comme une agitation ou une apathie importantes ou encore, un retard au niveau du développement psychomoteur.

Les facteurs de risque 

Bien que toutes les femmes puissent être concernées, il existe certains facteurs de risque pour la dépression post-partum, principalement liés à la santé psychique de la future mère, à ses antécédents et à son environnement.

En effet, on note que l’apparition d’un baby-blues dès la naissance a tendance à favoriser l’installation d’un épisode dépressif authentique dans un second temps, tout comme la présence d’un épisode antérieur de dépression post-partum consécutif à un précédent accouchement. De même un diagnostic de dépression antérieur à la grossesse, tout comme des antécédents familiaux de troubles dépressifs, sont des facteurs de risque.

Une sensibilité particulière liée aux changements hormonaux comme par exemple, la tendance à ressentir de nets changements d’humeur associés aux cycles menstruels, peut également être considérée comme un facteur de vulnérabilité biologique face à la dépression post-partum.

De manière générale, des facteurs de stress et de vulnérabilité psychique importants tels que des conflits conjugaux ou familiaux, des expériences de vie ou événements récents psychiquement déstabilisants, un contexte socio-économique difficile ou un manque de soutien de la part de l’entourage dans l’expérience de la maternité sont autant d’éléments qui tendent à fragiliser la personne, la rendant de fait plus sujette aux troubles psychiques que cette période déstabilisante en soi peut déclencher.

Enfin, des spécificités liées à la grossesse et la maternité peuvent participer à l’émergence de difficultés dans le lien avec le bébé et favoriser le développement de troubles dépressifs post-partum, telles qu’une ambivalence passée ou actuelle vis-à-vis de la grossesse (par exemple non planifiée, ou dont on a envisagé l’interruption), ou encore des problèmes liés à l’allaitement.

3 manières de reconnaître la dépression post partum

Alors que le baby-blues apparaît chez la mère pendant la première semaine après la naissance de l’enfant et dure moins de deux semaines, généralement de deux à trois jours, la dépression post-partum apparaît dans l’année qui suit l’accouchement, plus fréquemment dans les 3 à 6 semaines après la naissance. Le diagnostic peut être posé dès lors qu’un état dépressif initialement attribué à un baby-blues se prolonge au-delà de deux semaines.

C’est donc bien la temporalité des troubles dépressifs et leur installation ou non dans le temps qui permet de les différencier.

De manière générale, les signes associés au baby-blues sont de faible intensité par comparaison aux symptômes de la dépression post-partum et disparaissent spontanément au bout de quelques jours, tandis qu’un épisode de dépression post-partum peut durer jusqu’à 1 an. Si en l’absence de prise en charge il est possible qu’il se résolve de lui-même, les risques de chronicisation du trouble et de rechute sont importants.

Enfin, si le baby-blues est un trouble de l’humeur transitoire qui ne nécessite aucun traitement, une dépression post-partum diagnostiquée doit être traitée au même titre qu’un épisode dépressif non spécifique, par un suivi médical idéalement pluridisciplinaire (psychiatre, pédopsychiatre, médecin généraliste, pédiatre) et un accompagnement psychothérapeutique. On associera généralement à cet accompagnement global une prescription d’antidépresseurs.

Si vous pensez souffrir d’une dépression post-partum, sachez qu’il n’est jamais trop tard pour demander de l’aide, et qu’il est capital d’être accompagnée pour traiter au mieux la maladie. Les équipes médicales et obstétriques de votre maternité, formées à cette problématique, peuvent par exemple être un interlocuteur privilégié : elles sauront vous guider et vous orienter vers les professionnels compétents pour vous accompagner vers un mieux-être et vous permettre de (re)construire une relation épanouissante avec votre enfant.

Article rédigé par Anna Silvio, psychologue clinicienne de la Clinique E-santé