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Dépression : 9 signes que vous êtes dépressif et que vous l'ignorez

Publié le 16/09/21 10:40

La dépression est le terme couramment utilisé pour désigner une pathologie multifactorielle que les classifications psychiatriques recensent sous le terme d’épisode dépressif caractérisé. Celui-ci peut être isolé au cours d’une vie ou bien récurrent, prenant la forme d’un état dépressif chronique.

Il peut être associé à d’autres troubles psychiques comme par exemple des troubles anxieux et se manifester dans le cadre d’un tableau pathologique plus large : trouble de la personnalité, trouble bipolaire. Il s’agit d’un mode commun de décompensation et c’est pour cette raison qu’il n’y a pas de profil type de la personne susceptible d’être touchée : l’épisode dépressif peut être l’expression de difficultés psychiques bien spécifiques tout comme une réaction ponctuelle à des événements de vie éprouvants.

Nous vous proposons avec cet article, une exploration du sujet qui vous donnera les outils pour repérer les signes d’un état dépressif, chez vous ou parmi les personnes de votre entourage, tout en vous sensibilisant à l’idée que la dépression est une maladie, à la différence de la déprime qui est un état passager.

Une meilleure compréhension des causes et des symptômes de la dépression vous aidera à vous sentir légitime de demander de l’aide et ainsi à faire un premier pas essentiel vers la guérison. Si vous le souhaitez, vous pouvez également réaliser le test suivant qui vous permettra de savoir si vous êtes en dépression et d'en évaluer son intensité.

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Sommaire de l'article :

  1. Qu'est-ce qu'une dépression ?
  2. Quelles sont les causes de la dépression ?
  3. Reconnaître les signes de  la dépression 

 

Qu'est-ce qu'une dépression ?

La dépression ou épisode dépressif caractérisé, est un trouble de l’humeur relativement courant puisque l’OMS en recense chaque année plus de 100 millions de cas.

La dépression se manifeste par un sentiment de tristesse envahissant et par une constellation de symptômes touchant aux sphères affective, cognitive et psychomotrice. C’est donc l’ensemble de votre personne qui est atteinte par la dépression, à laquelle une baisse de l’estime de soi est fréquemment associée. Vous vous retrouvez ainsi face à un cercle vicieux aux conséquences douloureuses puisque la maladie entrave votre capacité à poursuivre normalement vos activités quotidiennes, ce qui provoque le sentiment d’être diminué.e à différents niveaux et nourrit une tendance à l’auto-dévalorisation.

De même, la fatigue est très présente, entraînant soit un désengagement de vos investissements personnels : travail, loisirs, vie sociale, soit un état d’épuisement qui est le résultat d’une lutte pour maintenir votre niveau de fonctionnement habituel. Dans ce dernier cas, vous pouvez littéralement vous user dans le combat contre une maladie qui ne cède pas à la volonté. Concrètement, selon les recommandations du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 5), le diagnostic de l’épisode dépressif caractérisé se fonde sur la présence de 5 symptômes parmi les 9 suivants:

      • Humeur dépressive quasi permanente définie par un sentiment de tristesse ou de vide.
      • Perte durable d’intérêt et de plaisir pour toutes ou presque toutes les activités.
      • Perte ou gain de poids significatifs en l’absence d’action volontaire dans ce sens, ou diminution / augmentation de l’appétit.
      • Insomnie ou hypersomnie
      • Agitation ou ralentissement psychomoteur
      • Fatigue ou perte d’énergie
      • Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée
      • Diminution de l’aptitude à penser, à se concentrer ou indécision
      • Pensées de mort ou idées suicidaires récurrentes

Les symptômes de la dépression doivent également s'exprimer tous les jours ou presque sur une durée d’au moins 2 semaines.

Si le risque de dépression est présent à tous les âges de la vie et dans tous les contextes sociaux indépendamment de leurs caractéristiques, elle touche deux fois plus les femmes que les hommes.

De nombreuses hypothèses sont envisagées pour expliquer cette différence, et notamment celle d’une inégalité en termes de recours au soin, puisque les femmes auraient de manière générale tendance à consulter davantage que les hommes. Lorsque les épisodes dépressifs sont associés dans le temps à des épisodes inverses d’augmentation intense des niveaux d’humeur et d’énergie (épisodes maniaques ou hypomaniaques), on parlera de trouble bipolaire, par opposition au trouble unipolaire pour lequel les perturbations de l’humeur se manifestent par la dimension dépressive uniquement.

Enfin, il est important de souligner que la dépression est associée à un risque de suicide majeur puisque 40 à 80 % des tentatives de suicide sont liées à un épisode dépressif caractérisé. Dans un tel contexte, la prévention, la détection et la prise en charge de la maladie sont essentielles : la stigmatisation de ce trouble et la honte qui peut y être associée chez celles et ceux qui en souffrent empêchent trop souvent la mise en place d’actions thérapeutiques adaptées qui permettraient d’éviter son aggravation.

Il est nécessaire de continuer à rappeler que la dépression n’est pas une fatalité ou une faiblesse de caractère mais une maladie pour laquelle il existe des traitements efficaces.

Quelles sont les causes de la dépression ?

Les causes de la dépression sont multiples et agissent le plus souvent de manière conjuguée, de telle sorte qu’il est généralement difficile d’identifier un facteur unique. Ainsi, même dans le cas d’une dépression réactionnelle, c’est-à-dire directement en lien avec un événement psychiquement et/ou émotionnellement éprouvant, on peut raisonnablement penser que le terrain de vulnérabilité personnelle (génétique et psychique) joue un rôle et explique que la maladie ait tendance à se développer chez une personne plutôt que chez une autre tandis qu'elle est confrontée aux mêmes difficultés.

Un ensemble de facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux participent à la survenue d’une dépression et leurs effets s’inscrivent dans le temps, ce qui explique la possibilité de développer la maladie indépendamment de tout événement déclencheur : l’organisme est susceptible d’accumuler les tensions internes liées au quotidien jusqu’à un point de rupture qui va correspondre à un effondrement psychique, appelé décompensation et à une « chute » dans la dépression.

Le fait que ce basculement se produise d’une part, et qu’il donne lieu à un épisode dépressif plutôt qu’à un trouble anxieux ou psychotique d’autre part, n’est pas dû au hasard. D’abord, il existe des dispositions biologiques à la dépression en lien avec les données génétiques dont vous avez hérité. En effet, une fragilité strictement organique, liée à la perturbation possible de la production et de l’action des neurotransmetteurs,dont le rôle est central dans la régulation de l’humeur, peut être à l’origine du développement d’un épisode dépressif.

La production hormonale qui sous-tend cette activité neurochimique est à ce titre également un facteur biologique de vulnérabilité, qui explique notamment les troubles de l’humeur plus ou moins graves qui touchent les femmes dans les périodes de bouleversement hormonal (cycle menstruel, post partum, ménopause).

Ensuite, votre histoire personnelle en lien avec votre tempérament va créer un terrain psychique sur la base duquel d’éventuelles psychopathologies peuvent s’exprimer dans la rencontre avec l’environnement. On sait que les troubles de l’attachement intervenant dès le plus jeune âge (indisponibilité du parent, vécu d’abandon), ainsi que l’expérience de traumatismes dans l’enfance (violences, abus sexuels) sont associés à un risque supérieur de dépression, parmi d’autres pathologies psychiques.

De manière générale, une construction psychique conditionnée par des fragilités narcissiques (amour et estime de soi) et émotionnelles (blessure d’abandon) constitue un terrain propice pour la dépression, bien que les modes de défenses investis de manière précoce pour faire face à ces difficultés correspondent à des probabilités plus ou moins importantes de décompensation sur le registre dépressif.

L’étude du lien entre les troubles de la personnalité et d’autres pathologies psychiques montre bien que la structure de la personnalité et les mécanismes de défense qui la fondent vont déterminer les modes de décompensation, c’est-à-dire les voies par lesquelles une tension interne trop importante va être amenée à se décharger. Ainsi, si les personnalités histrioniques et borderline ont fréquemment tendance à connaître des épisodes dépressifs caractérisés, les personnalités paranoïaques, narcissiques, schizoïdes et schizotypiques y sont à l’inverse en moyenne moins sensibles que les autres.

Pour compléter sur ce point, il a en effet été montré que l’instabilité émotionnelle, l’anxiété, l’irritabilité et la nervosité sont davantage associées au risque dépressif que d’autres traits de personnalité.

Enfin, le contexte environnemental est également un facteur important d’apparition et de chronicisation éventuelle du trouble : si un événement de vie majeur (deuil, naissance, transition personnelle ou professionnelle…) peut servir de catalyseur pour le développement d’une dépression, une situation personnelle difficile et vécue au long cours (familiale, professionnelle, socio-économique…) est également susceptible de fragiliser la personne sur le long terme et de favoriser l’apparition de la maladie.

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Reconnaître les signes d'une dépression

Une dépression se manifeste par de nombreux signes ou symptômes qui vont toucher les sphères psychologiques, affectives, cognitives, psychomotrices et physiologiques du fonctionnement individuel.

Un sentiment de tristesse 

Au niveau psychoaffectif, le symptôme le plus évident de la dépression est un sentiment envahissant de tristesse, ou une douleur morale intense, qui perdure et reste stable dans le temps indépendamment des événements de vie. Cette modification de l’humeur est associée à une perturbation des émotions, qui se manifeste le plus souvent par une perte du plaisir habituellement associé aux activités quotidiennes (professionnelles, sociales, de loisir), ainsi que par une anesthésie affective, avec le sentiment d’être coupé.e de ses émotions.

De l'anxiété et de l'angoisse

A cela s’ajoute bien souvent des manifestations d’anxiété, voire l’expérience de profondes angoisses. Le contenu de la pensée lui-même est altéré, avec la présence d’un sentiment de culpabilité souvent intense qui s’applique notamment à des actes et événements banals du quotidien qui deviennent source de souffrance et de remises en question importantes.

Une tendance à l'auto dévalorisation

Cette culpabilité s’associe à des idées d’auto-dévalorisation et à une tendance à l’auto dépréciation : cela peut aller jusqu’au dénigrement de soi, avec l’impression parfois omniprésente d’être incapable, inutile, voire indigne. Selon cette logique de pensée négative, le mal-être est en général perçu comme étant impossible à soulager ou à soigner. C’est dans ce contexte que les idées suicidaires font souvent leur apparition, appréhendées comme le seul moyen d’échapper à la souffrance.

Capacités psychomotrices ralenties

Au niveau psychomoteur, on constate souvent un ralentissement général du fonctionnement (lenteur des gestes, du discours, expressivité réduite) avec parfois une incapacité à planifier et à réaliser les actions nécessaires au bon déroulement du quotidien, ce qui peut s’étendre aux gestes d’hygiène et de soin les plus élémentaires.

Difficultés de concentration

Au niveau cognitif, on retrouvera des difficultés de concentration, une altération de la mémoire, un déficit de l’attention et une tendance générale à l’indécision. Lorsqu'une personne est en dépression, le cours de la pensée est de manière générale ralenti et les ruminations (pensées répétitives centrées sur soi et à contenu négatif) se font plus fréquentes.

Perturbations du sommeil

Sur le plan physiologique, le rythme et les cycles de sommeil sont très souvent perturbés, avec une tendance à l’insomnie qui peut se manifester par des difficultés d’endormissement et/ou par des réveils précoces ou en cours de nuit. Il arrive aussi, à l’inverse, de développer une hypersomnie (augmentation du temps et du besoin de sommeil) qui peut être associée à une impression permanente de somnolence. Ces troubles du sommeil s’associent le plus souvent à une fatigue générale et à une perte d’énergie et d’élan vital.

Perturbations du comportement alimentaire

Pendant la dépression, les conduites alimentaires sont très fréquemment modifiées, en général dans le sens d’une perte d’appétit, même s’il arrive qu’à l’inverse la sensation de faim se trouve augmentée. Les variations de poids sont donc courantes au fil de la maladie.

Baisse de désir, troubles de la libido

Enfin la libido est elle aussi atteinte par la perte du désir et de l’excitation sexuelle. De manière générale, on remarque un désintérêt pour les activités et les loisirs jusque-là investis avec plaisir : tout semble perdre de son sens et de sa saveur, alors que l’humeur sombre envahit tout l’espace psychique et mine le quotidien.

Chute de la productivité

Travailler peut devenir une véritable épreuve, et la diminution des performances (ralentissement physique et cognitif) alimentent la mauvaise estime de soi que la dépression a exacerbée. L’état de désespoir qui s’installe peut avoir des conséquences graves à moyen et plus long terme, c’est pourquoi il est recommandé d’agir au plus tôt du développement de la maladie, dès l’apparition des premiers symptômes.

Si vous ou l’un.e de vos proches êtes en difficulté, n’hésitez pas à en parler à un professionnel qui pourra vous orienter et/ou vous tourner vers les nombreuses structures (antennes d’écoute, associations, équipes mobiles) dédiées à la prévention de la maladie et au soutien des personnes. Un traitement psychothérapeutique adapté, associé à une prescription d’antidépresseurs souvent utiles, vous permettra de vous réparer et de reconstituer vos ressources pour sortir de la dépression.

Article rédigé par Anna Savio, psychologue clinicienne de la Clinique E-Santé