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Dépression réactionnelle : 3 indices que vous avez vécu un choc émotionnel

Publié le 23/09/21 17:30

Les événements de vie difficiles mettent notre psychisme à l’épreuve : si la solidité de notre construction personnelle est déterminante pour tenir le choc et éviter de s’effondrer, il faut pouvoir être en mesure de faire preuve de souplesse afin d'accueillir les émotions difficiles et ne pas sombrer dans une dépression réactionnelle

Un choc émotionnel ou un traumatisme renvoient toujours à la notion de perte. On est conscient de devoir accepter la perte de l’autre dans le cadre d’un deuil ou d’une rupture par exemple, mais lorsqu'il s'agit d'une perte liée à la maladie, un accident, une agression, ils renvoient également à la perte de l’intégrité physique et psychique ou a minima, à la perte d’un sentiment de sécurité. Les événements traumatiques confrontent ainsi la personne qui les a vécus, à la nécessité d’accueillir le changement et de mettre en œuvre des transformations intérieures lui permettant, à plus ou moins long terme, de retrouver un équilibre.

Parfois les émotions et/ou les conflits psychiques que l’événement traumatique vient réveiller et activer, sont dans l’immédiat trop difficiles à accueillir. Il est ainsi possible que vous vous retrouviez comme figé.e.s dans un état de choc et dans l’impossibilité de traiter ce que vous venez de vivre afin de continuer à avancer.

Ces troubles post-traumatiques peuvent se manifester de manières diverses, et notamment provoquer une dépression réactionnelle, liée à l’épuisement de vos ressources et à la détresse psychique dans laquelle vous plonge cette lutte intérieure pour l’intégration de l’expérience traumatique.

Si vous avez vécu un traumatisme et que vous pensez votre équilibre psychologique perturbé par ce choc au point de faire une dépression, voici les 3 indices qui vous permettront de le découvrir. N'hésitez pas aussi à réaliser le test suivant qui vous permettra de connaître la nature de votre dépression.

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Sommaire de l'article :

  1. Dépression réactionnelle : qu'est-ce que c'est ?
    1. La différence entre la dépression réactionnelle et la dépression endogène
    2. Reconnaître un choc émotionnel, les 3 indices 
  2. Comment la dépression réactionnelle se soigne ?
    1. Prendre soin de votre vie émotionnelle
    2. Affronter le traumatisme

 

Dépression réactionnelle : qu'est-ce que c'est ?

Un choc émotionnel renvoie à un événement qui vient momentanément submerger les capacités d’auto-régulation psychiques d’un individu : les conflits internes que l’événement fait émerger et/ou la charge émotionnelle de celui-ci sont trop importants pour pouvoir être pleinement traités et intégrés par le cerveau. Ces troubles, s’ils s’inscrivent sur la durée, peuvent évoluer sous la forme d’un traumatisme aux conséquences multiples sur la santé psychique parmi lesquelles on retrouve fréquemment des symptômes dépressifs : on parlera alors de dépression réactionnelle.

La différence entre la dépression réactionnelle et la dépression endogène

la dépression réactionnelle (ou dépression exogène), se distingue de la dépression endogène qui est un épisode dépressif auquel on ne peut pas associer de cause extérieure, et qui s’inscrit le plus souvent dans le contexte de troubles de l’humeur préexistants et souvent chroniques.

Une accumulation de micro-tensions psychiques dues à des événements anodins et difficilement identifiables peut être à l’origine du développement d’une dépression réactionnelle pour une personne donnée en l’absence de terrain dépressif, alors qu’un choc émotionnel peut également déclencher un épisode dépressif chez une personne vulnérable souffrant de troubles de l’humeur.

En somme, la spécificité de la dépression réactionnelle est sa fonction symptôme : elle vient témoigner de la difficulté qu'a l’individu à intégrer de nouvelles données psychiques susceptibles de déstabiliser l’ensemble de sa structure. A la différence d’autres formes de dépression, la dépression réactionnelle est un mode de gestion de conflits internes que l’analyse du contexte et des enjeux psychiques qui y sont associés rendent identifiables.  

Plus précisément, la dépression réactionnelle est une manifestation spécifique du retour émotionnel d’un événement traumatique ou d’un choc émotionnel, c’est-à-dire d’une expérience de vie déstabilisante qui vient remettre en question votre équilibre psychique et personnel, à travers votre sentiment de sécurité et le sens que vous donnez à l’existence.

Reconnaître un choc émotionnel, 3 indices.

Certains signes, ou indices, peuvent vous aider à reconnaître le fait que vous avez vécu un choc émotionnel et venir ainsi, expliqué en partie votre état dépressif.

Indice n°1 : Un sentiment d'identité perturbé 

Bien souvent la charge psychique d’un choc ne peut être traitée dans la continuité directe de celui-ci. Des troubles dissociatifs peuvent dans ce cas apparaître, qui correspondent à la nécessité pour un individu de se préserver en se coupant de vécus émotionnels difficiles qu’il n’a pas la capacité d’intégrer psychiquement. La personne évolue alors comme séparée d’elle-même et de toute une part de sa vie intérieure.

Le sentiment de l’identité peut être perturbé, avec l’impression d’une rupture par rapport à un état antérieur. Ce type de trouble est caractéristique du choc émotionnel et constitue le premier signe que vous avez été confronté.e à une expérience traumatique.

Indice n°2 : Un stress en réaction au choc

Des manifestations de stress plus ou moins aiguës peuvent également apparaître, souvent associées à des reviviscences mémorielles et sensorielles (images, souvenirs, sons, odeurs…) liées à l’événement traumatique. Elles arrivent par bribes et souvent par surprise à la conscience, comme des réminiscences envahissantes qui demandent à émerger et que celle-ci tente de contenir.

Certaines définitions comme celles majoritairement utilisées par la psychiatrie, limitent la notion d’événement traumatique à des événements qui ont « objectivement exposé [les personnes] à la mort ou à des menaces de mort, à une blessure grave ou à des violences ».

Il est pourtant important de prendre également en compte d’autres types d’expériences émotionnelles qui peuvent déclencher une dépression réactionnelle sans pour autant constituer des traumatismes authentiques : des difficultés professionnelles comme la perte d’un emploi ou une restructuration brutale de l’activité, des épreuves affectives et personnelles comme une rupture ou un divorce difficiles. 

Indice n°3 : De fortes angoisses qui surviennent

Les manifestations d’une dépression réactionnelle sont similaires à celles d’un syndrome dépressif classique.

Ces symptômes renvoient à un état de détresse psychique caractérisé par une intense douleur morale ou un sentiment récurrent de tristesse, une perte durable de la sensation de plaisir au quotidien, notamment de celle associée aux activités habituellement appréciées ; on retrouve fréquemment une fatigue générale liée à une perte de l’élan vital aux niveaux physique et psychique. L’humeur dépressive est aussi caractérisée par un sentiment de culpabilité diffuse et d’auto-dévalorisation, qui s’ajoutent à la sensation de tristesse et qui l’alimentent.

Au niveau physiologique, les troubles du sommeil sont extrêmement fréquents, du côté d’une tendance à l’insomnie ou au contraire d’un besoin de sommeil plus important que d’ordinaire (hypersomnie), et des perturbations au niveau de l’alimentation se manifestant par une perte ou un gain de poids sont régulièrement observées.

Au niveau psychomoteur, on assiste à un ralentissement général ou au contraire à une agitation anxieuse qui viennent également toucher à l’activité cognitive : la pensée est plus lente et les difficultés de concentration sont fréquentes. Les pensées de mort et les idées suicidaires peuvent venir compléter le tableau.

La détresse générale est la plupart du temps alimentée par de fortes angoisses qui témoignent du caractère traumatique de la dépression, autrement dit de la dimension réactionnelle du trouble. Le traumatisme vous confronte à vos limites psychiques actuelles et vous indique également la voie vers un mieux-être : explorer les enjeux et les effets spécifiques de l’événement traumatique en lien avec une organisation psychique préexistante vous permettra d’identifier les zones de vulnérabilité à l’origine de la réaction dépressive. Celle-ci peut être considérée comme une manifestation d’impuissance et d’épuisement de l’organisme dans sa lutte pour tenter de traiter les conflits psychiques et la charge émotionnelle associés au traumatisme.

Comment La dépression réactionnelle se soigne ?

La dépression réactionnelle peut tout à fait être traitée et les personnes qui en souffrent peuvent guérir complètement. 

Prendre soin de votre vie émotionnelle

Le premier pas pour aller mieux est celui qui vous permettra de retrouver un fonctionnement émotionnel aussi stable que possible : lorsque vous vivez un choc traumatique qui vous a conduit à développer une dépression réactionnelle, votre vie émotionnelle est tout à la fois à vif et chaotique.

En effet, au-delà de l’humeur triste liée à la dimension dépressive, vous êtes exposé.e.s au stress et à l’angoisse, plus ou moins diffuse ou focalisée, qui viennent souligner l’aspect réactionnel de la dépression.

Pour pouvoir survivre psychiquement, il a en effet été nécessaire de séparer la charge (ou énergie) émotionnelle de son contenu, c’est-à-dire des ressentis émotionnels liés à la prise de conscience des implications intimes de l’événement traumatique (confrontation à la perte, à la mort…). Ce processus se réalise de manière automatique et évidemment non consciente, comme une mesure de protection dès lors que la psyché n’est pas en mesure de traiter l’événement. L’énergie pulsionnelle que l’événement traumatique a libérée va donc venir se manifester à vous sous une forme plus neutre, sans référence au contenu et au sens de l’événement, trop douloureux pour être entièrement conscientisé : des crises de stress plus ou moins aiguës peuvent survenir indépendamment de toute stimulation et vont côtoyer une angoisse brute, qui reste également le plus souvent sans objet.

Parallèlement, vous allez assister au retour du contenu spécifique de l’expérience traumatique sous la forme d’un syndrome de répétition de l’événement en lui-même (souvenirs récurrents intrusifs, flashs visuels ou auditifs, cauchemars) qui participe à entretenir le stress et l’angoisse. Ainsi, les perturbations émotionnelles post-traumatiques sont nombreuses et envahissantes.

Bien qu’un travail psychothérapeutique de fond ou pour le moins consacré à la reconstruction d’une expérience psychique intégrable, soit absolument nécessaire, il existe des moyens pour gagner en stabilité émotionnelle de manière à limiter les effets destructeurs de cette suractivité mentale et affective, et en particulier à éviter l’épuisement psychique qui y est souvent associé sur le moyen ou plus long terme.

Toutes les activités qui vous permettent de consacrer votre attention à votre corps et à vos ressentis physiologiques sont particulièrement recommandées, en vue d’alléger l’activité du mental et de réguler la vie émotionnelle. Si la pratique régulière d’un sport est fortement conseillée pour évacuer les tensions par le travail régulateur du corps, la méditation peut également vous faire beaucoup de bien en vous permettant d’apprendre petit à petit à développer un espace de conscience préservé de l’omniprésence des pensées et des émotions. De même, un travail régulier sur la respiration est extrêmement utile pour lutter contre le stress et l’anxiété. La méthode de la cohérence cardiaque en particulier est reconnue pour avoir un effet régulateur sur l’activité du système nerveux, ce qui en fait une voie royale pour qui cherche à atteindre un certain niveau d’apaisement émotionnel. 

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Affronter le traumatisme

Il est fondamental de réaliser que vous avez vécu un événement qui par sa force et son potentiel destructeur a débordé vos capacités d’intégration : vous n’êtes pas aujourd’hui en mesure de vivre les conséquences émotionnelles du choc et à plus forte raison de les constituer comme une expérience de vie sur laquelle vous pouvez être amené.e  à vous appuyer.

Cet événement ne peut être intégré aux niveaux émotionnel et symbolique dans la continuité de votre parcours de vie ; il se peut que vous n’ayez pas actuellement les moyens d’assumer la réalité de l’expérience, sans parler d’ajuster, voire de restructurer, vos défenses et modes de fonctionnement habituels afin de l’accueillir. Le premier indicateur du fait que vous ayez subi un choc émotionnel renvoie à la mise à distance de la réalité de l’événement traumatique mais aussi à la difficulté de sa mise en sens : l'être humain à tendance à se déconnecter inconsciemment des expériences pressenties comme pouvant le submerger émotionnellement et le déstabiliser psychiquement.

Cette déconnexion relative, est en réalité fondée sur le paradoxe d’une expérience traumatique à la fois évacuée du conscient et inlassablement revécue par le biais de réminiscences mémorielles : le choc émotionnel a eu lieu et s’il est possible de le garder momentanément à distance de votre champ de conscience via la dissociation et le déni, il aura tendance à se manifester sous la forme d’une angoisse plus ou moins élaborée que vous ne pouvez pleinement contenir.

C’est ce qui se produit avec la dépression réactionnelle, qui est le signe que l’émotion n’a pas pu être intégrée et que les ressources psychiques pour y faire face sont momentanément épuisées. Vous vous trouvez alors démuni.e et en proie à des angoisses souvent massives, qui font la caractéristique de ce type de dépression.  Il est fondamental de pouvoir faire un chemin vers la prise de conscience de l’expérience traumatisante, et plus précisément vers la reconnexion avec le vécu douloureux qui doit être pris en compte émotionnellement.

Pour cela, il est important d’être accompagné.e dans un processus de mise en sens de votre expérience dont les significations intimes et symboliques n’ont pu se former à cause d’une charge émotionnelle trop forte. L’intégration consciente des événements vécus est la clé qui peut permettre à la dépression réactionnelle de se résorber et il est nécessaire pour cela que vous puissiez progressivement mettre des mots sur ce qu’il s’est passé afin de reprendre contact avec les émotions difficiles liées au choc. Un thérapeute peut vous aider à faire émerger ces émotions, en vous guidant pas à pas dans un parcours de mise en sens des éléments de récit auxquels vous avez accès et que vous mettez à jour : il mènera en parallèle avec vous une analyse des effets du choc au regard de vos fragilités et de vos ressources.

Ne restez pas seul.e face à ce qui se joue en vous. La dépression se soigne et le premier pas dans cette direction est de prendre progressivement conscience des conséquences psychiques de l’événement traumatique ; un soutien psychothérapeutique vous permettra de les mettre en lumière pour pouvoir progressivement les intégrer et à terme être en mesure de poursuivre sereinement votre chemin. 

Article rédigé par Anna Savio, psychologue clinicienne que La Clinique E-Santé