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Maniaco-dépressif : comment identifier un bipolaire en 3 points

Publié le 27/09/21 17:30

L'état maniaco-dépressif, désigne classiquement un trouble qui est identifié aujourd’hui par la psychiatrie en tant que trouble bipolaire, soit l’une des pathologies classées dans la catégorie des troubles de l’humeur. Les différentes dénominations de la pathologie : trouble bipolaire, psychose maniaco-dépressive et maniaco-dépression, renvoient toutes à la description d’une alternance entre une humeur dépressive et son contraire, un état dit (hypo)maniaque.

La maniaco dépression est donc une pathologie de l’humeur au sens où celle-ci va osciller par phases entre ces deux extrêmes : une humeur haute (maniaque ou hypomaniaque) et une humeur basse (dépressive), entraînant pour le maniaco-dépressif, un grand nombre de difficultés et de perturbations émotionnelles, cognitives et psychosociales.

Le trouble bipolaire débute typiquement entre 15 et 25 ans mais peut être difficile à identifier comme tel jusqu’à la première phase maniaque. C’est elle qui va permettre de le distinguer d’une simple dépression ou d’un épisode dépressif chronique, de poser le diagnostic et de mettre en place un traitement adapté.

Les causes du développement d’un trouble bipolaire sont multiples et se situent au croisement d’une vulnérabilité psychologique (construction personnelle), génétique et environnementale. On considère actuellement que 1 à 4 % de la population mondiale est maniaco-dépressive. Cependant, ce chiffre est à relativiser, tant la maladie peut être sous-diagnostiquée, en raison des ambiguïtés possibles liées à l’identification du trouble et à l’imbrication jusqu’à un certain point, des symptômes du trouble bipolaire avec ceux d’un trouble dépressif.

Un trouble bipolaire non diagnostiqué et donc non traité peut avoir de graves impacts sur la qualité de vie et augmenter considérablement le risque suicidaire. N’hésitez pas à en parler autour de vous et à solliciter de l’aide en cas de doute. 

Afin de vous accompagner dans l'identification d'un état maniaco-dépressif chez vous ou chez l'un de vos proches, il existe 3 signes sur lesquels vous devez porter une attention toute particulière. Par ailleurs, si vous le souhaitez, vous pouvez également réaliser le test sur la dépression, afin de vous donner une idée du type de dépression auquel vous êtes peut-être confronté.e.

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  1. Ça veut dire quoi être maniaco-dépressif ?
    1. La dimension dépressive du trouble
    2. La dimension maniaque ou hypomaniaque
  2. Les caractéristiques du maniaco-dépressif

 

Ça veut dire quoi être maniaco-dépressif ?

L’alternance de phases dépressives et de phases maniaques ou hypomaniaques caractérise le trouble bipolaire ou maniaco-dépressif. Il est important de connaître leurs caractéristiques et d’apprendre à les repérer pour pouvoir identifier la maladie.

La dimension dépressive du trouble

En pratique, rien ne permet de dire avec certitude si un épisode dépressif est isolé, s’il rentre dans le registre d’un trouble dépressif chronique ou bien s’il renvoie à une phase spécifique d’un trouble bipolaire. Pour autant, l’apparition d’un épisode dépressif avant 25 ans, en post-partum, c'est-à-dire, suite à un accouchement, ou encore le fait que le début de l’épisode soit brutal, non progressif, font partie des indicateurs qui peuvent aider à situer le trouble dans le contexte plus large d’une pathologie bipolaire. 

Les symptômes d’un épisode dépressif chez une personne bipolaire n’ont cependant rien de spécifique ; les caractéristiques sont classiques et renvoient aux symptômes de tout épisode dépressif caractérisé, dont voici les principaux : 

  • Une humeur dépressive se manifestant par un sentiment pénible, douloureux, envahissant de tristesse quasi constant dans le temps, indépendamment des circonstances ou des événements de vie.

  • Une perte du plaisir qui s’observe dans tous les domaines (vie affective, socio-professionnelle et loisirs).

  • Une anesthésie affective, soit le sentiment d’être coupé.e de ses émotions, ou de ne rien pouvoir ressentir au-delà de l’humeur dépressive envahissante.
  • De l’anxiété et des angoisses.

  • Des idées de culpabilité caractérisées par des reproches pour des actes quotidiens et banals.

  • Des idées de dévalorisation associées à une perte de l’estime de soi et une autodépréciation qui conduisent à un sentiment d’incapacité, d’inutilité ou d’indignité.

  • Des idées suicidaires ou de mort, fondées par des questionnements récurrents sur l’intérêt et la nécessité de continuer à vivre.

  • Un ralentissement psychomoteur ou au contraire une agitation, qui peuvent alterner ou être associés.

  • Des perturbations de la pensée caractérisées par un ralentissement des idées et associées à des ruminations, c’est-à-dire des pensées répétées, souvent centrées sur soi et à contenu négatif.

  • Des altérations cognitives touchant à la concentration, la mémoire, l’attention, la capacité à prendre des décisions.

  • Des perturbations du sommeil et de ses cycles à travers différentes formes d’insomnie (et plus rarement de l’hypersomnie, soit un besoin de sommeil plus important qu’habituellement).

  • Une baisse des niveaux d’énergie (grande fatigue).

  • Une perturbation de l’appétit et des rythmes alimentaires se manifestant par une perte (ou plus rarement un gain) de poids. 

La dimension maniaque ou hypomaniaque

Un dérèglement de l’humeur sur le mode (hypo)maniaque est ce qui permet de caractériser véritablement le trouble bipolaire tandis que la dimension dépressive n’en constitue pas un signe distinctif. C’est leur intensité et donc leur impact fonctionnel qui va différencier l’épisode maniaque (majeur) de l’épisode hypomaniaque (mineur). En effet, un épisode maniaque intense peut entraîner des symptômes psychotiques (délire et/ou hallucinations) qui viennent s’ajouter au tableau clinique et sont susceptibles de nuire gravement au fonctionnement social et à la sécurité des personnes, alors que les symptômes hypomaniaques se limitent aux perturbations de l’humeur et aux manifestations émotionnelles, psychomotrices et cognitives qui y sont associées.  

Un épisode hypomaniaque ou maniaque se caractérise avant tout par une perturbation de l’humeur, qui tend à être positive, expansive, exaltée, voire euphorique. Le ressenti agréable de cette élévation de l’humeur est toutefois à nuancer, puisqu’elle peut également se traduire par une forme d’irritabilité liée à une hyperstimulation.

Associée à cette humeur élevée, les caractéristiques suivantes sont également courantes:

  • Des perturbations émotionnelles qui se traduisent par une labilité émotionnelle importante : émotions changeantes, une hypersensibilité manifestée par des réponses émotionnelles démesurées par rapport à la stimulation, et une tendance à s’ajuster émotionnellement et à adhérer très rapidement aux ambiances selon leur connotation affective. 

  • Des perturbations de la pensée, avec notamment une augmentation de l’estime de soi, des idées de grandeur, voire un sentiment de toute-puissance et des idées mégalomaniaques. Le cours de la pensée est également accéléré et les idées semblent fuser, s'enchaîner sans lien apparent, mais aussi s’associer selon des critères qui peuvent paraître insensés, notamment à travers une utilisation inhabituelle du langage et de ses significations (jeux de mots, association d’idées ou par assonance). Au niveau strictement cognitif, une hypervigilance associée à des troubles de la concentration et de l’attention. 

  • Des perturbations comportementales :  Elles se manifestent par une tendance à l’agitation et à l’hyperactivité, une augmentation des niveaux d’énergie et donc de l’activité personnelle (professionnelle, sociale, artistique…).  La parole est généralement plus rapide et le discours plus dense et plus expressif, à l’image du cours de la pensée. On retrouve également souvent une désinhibition ou une tendance à la familiarité.

  • Des perturbations physiologiques : Elles viennent notamment toucher le sommeil à travers une tendance massive à l’insomnie et une réduction globale du temps de sommeil associée à une absence de sensation de fatigue. L’appétit est également touché, le plus souvent réduit et associé à un amaigrissement. L’activité sexuelle et le désir sont quant à eux augmentés et peuvent dans certains cas, conduire à des pratiques à risque. 

Classiquement, il est considéré que c’est la nécessité ou non d’une hospitalisation, qui vient tracer la ligne de partage et de définition entre un épisode maniaque et un épisode hypomaniaque, soit l’impact de l’épisode au niveau fonctionnel. Dans le premier cas, le patient ne peut plus mener une vie normale et son fonctionnement social est significativement altéré par l’intensité des symptômes et la survenue possible de symptômes psychotiques additionnels (délire et hallucinations) , alors que dans le second cas, l’activité quotidienne peut être maintenue sans dysfonctionnement majeur.

On peut en effet distinguer deux grands types de troubles bipolaires

  • La bipolarité de type 1 qui est plutôt définie par l’humeur haute, puisque la présence d’un seul épisode véritablement maniaque dans un parcours individuel suffit pour établir ce diagnostic : au moins un épisode maniaque avec ou sans épisode dépressif.

  • La bipolarité de type 2 qui est davantage structurée autour de la dimension dépressive : un ou plusieurs épisodes dépressifs caractérisés associés à au moins un épisode hypomaniaque. Il est important de noter qu’il est tout à fait possible pour une même personne de connaître à la fois des phases de manie et d’hypomanie : c’est alors seulement l’intensité des symptômes qui peut être amenée à varier en fonction de différents facteurs psychiques et environnementaux. 

Les caractéristiques du maniaco-dépressif

Pour reconnaître l'état maniaco-dépressif d'une personne, certains signes plus concrets peuvent être repérés, vous permettant ainsi de vous alerter. Ces signes sont à prendre en compte en complément des symptômes listés plus haut. Etant donné que la dimension (hypo)maniaque est le critère permettant d’établir le diagnostic de trouble bipolaire par opposition à un trouble dépressif simple (unipolaire), ce sont les manifestations de cette dimension qui vont permettre de repérer le trouble, dans un contexte quotidien. 

La labilité émotionnelle du maniaco-dépressif

Parmi elles, on retrouve en premier lieu la labilité émotionnelle qui constitue un indicateur très important. Les personnes bipolaires en phase maniaque ou hypomaniaque vont présenter une forte réactivité émotionnelle au contexte et à l’ambiance, ce qui explique qu’elles puissent facilement être traversées par des émotions intenses en fonction des évolutions de leur environnement et de ce fait vivre des fluctuations d’humeur importantes.

Cette sensibilité émotionnelle particulière est caractéristique de la maladie bipolaire en phase maniaque. Il ne faut cependant pas confondre ces variations quotidiennes de l’humeur avec l’alternance des phases maniaques et dépressives beaucoup plus longues qui caractérisent la bipolarité : si les émotions ont tendance à effectivement fluctuer en phase (hypo)maniaque, l’humeur globale reste haute et n’est pas dépressive à proprement parler. La bipolarité en tant que trouble psychique au long cours, ne se réduit donc pas à une humeur changeante, comme on peut parfois le penser.

Un décalage avec la réalité dans le discours du maniaco-dépressif

Un autre élément qui peut interpeller au contact d’un maniaco-dépressif, est une certaine étrangeté que l’on peut ressentir dans l’échange, avec un léger sentiment de décalage par rapport à la réalité.

Le discours du maniaco-dépressif est souvent très imaginatif et symboliquement riche, voire poétique et abstrait, avec une tendance à mettre en lien la forme et le contenu de ses propos. Une assonance peut par exemple l’amener à associer très rapidement deux idées entre elles, ou bien les liens logiques peuvent être amenés par des jeux de mots. Si le contenu s’appuie sur la forme, celle-ci est également spécifique avec une tendance à l’exaltation voire à la grandiloquence. Le discours est fortement investi émotionnellement, le débit est rapide et les mimiques sont souvent nombreuses et expressives.

Enfin, sur le fond, le discours peut tendre vers une certaine irrationalité, avec un manque de jugement et de prudence dans le raisonnement et les interprétations.

La désinhibition du maniaco-dépressif

La manie est caractérisée par une confiance en soi exacerbée et une grande désinhibition, ce qui facilite notamment les contacts sociaux. Une personne jusque-là timide peut devenir très assurée, affirmant et défendant son point de vue jusqu’à éventuellement s’engager dans des conflits et prendre une position radicale, voire s’impliquer physiquement si l’interaction évolue dans ce sens.

Ce type de situation est très représentatif de la manière dont les personnes bipolaires en phase maniaque peuvent se mettre en danger, en lien avec l’exubérance et le sentiment de toute-puissance propres à la manie. Ainsi, on retrouve aussi une tendance à suivre plus facilement ses élans sans accorder d’importance aux conséquences éventuelles. Les achats impulsifs, les comportements sexuels risqués ou les investissements financiers hâtifs sont fréquents chez le maniaco-dépressif, avec la perte de la notion de danger et la levée des inhibitions.

Dans le même ordre d’idées, les projets sont souvent multiples, grandioses et inadaptés, vite investis mais rarement menés à terme. Les limites, qu’elles soient d’ordre rationnel ou moral, n’ont plus cours et laissent le champ libre à l’expression pulsionnelle des envies et des besoins, qui est soutenue par le sentiment de toute-puissance voire d’invulnérabilité associé à la manie. 

Si tous ces signes peuvent aider au repérage du trouble bipolaire, il faut cependant rappeler que ce qui caractérise avant tout le maniaco-dépressif c’est bien d’avoir fait l’expérience de deux types d’épisodes pathologiques renvoyant à des phases distinctes de la maladie. Celles-ci sont bien identifiables dans le temps et s’expriment par l’articulation de différentes caractéristiques comportementales, cognitives et affectives associées respectivement à une humeur basse (syndrome dépressif) ou haute (syndrome (hypo)maniaque).

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Si les phases dépressives sont conscientisées et reconnues pour ce qu’elles sont, l’expérience (hypo)maniaque est le plus souvent caractérisée par une absence de conscience du trouble.  Enfin, il est important de rappeler que les personnes souffrant d’un trouble maniaco-dépressif connaissent également des intervalles sans symptômes, durant lesquelles leur humeur se stabilise à un niveau non pathologique. Si la détection et le diagnostic restent des problèmes majeurs de santé publique dans la mesure où ils retardent la prise en charge du trouble (on compte en moyenne 10 ans entre le déclenchement de la maladie et son diagnostic), il est possible aujourd’hui de réellement stabiliser les personnes qui en souffrent grâce à des traitements de fond qui leur permettent de mener une vie « normale » sans être atteintes au niveau fonctionnel.

En association avec ce type de traitement régulateur d’humeur, la psychothérapie est également indiquée pour travailler sur les cognitions, émotions et comportements touchés par les phases aiguës de la maladie.