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PERSONNALITÉ BORDERLINE : causes symptômes et solutions

Publié le 07/09/21 17:30

Le concept de personnalité borderline renvoie à des notions psychopathologiques complexes. En psychiatrie, on parle de trouble de la personnalité borderline pour désigner une construction psychique particulière, caractérisée par différents traits de personnalité bien identifiés qui nuisent à la bonne adaptation sociale et à l'équilibre personnel de celui ou celle qui en est porteur.se. 

Etudiée d'abord dans le champ de la psychanalyse, la personnalité borderline a été identifiée comme une pathologie dite limite, c'est à dire intermédiaire entre la névrose et la psychose : c'est en ce sens qu'on parle aussi couramment d' « état-limite » pour désigner ce type de fonctionnement psychique. 

Difficultés émotionnelles, instabilité affective, impulsivité ... les caractéristiques de la personnalité borderline sont nombreuses et sont une source de souffrance pour la personne qui en est atteinte ainsi que ses proches avec qui les relations instables sont courantes. Quelles sont les causes de cette maladie ? Comment la diagnostiquer et quelles sont les solutions existantes pour mieux vivre ce trouble de la personnalité ? Autant de questions auxquelles il est important de répondre pour mieux comprendre ce qu'est la personnalité borderline et la prendre correctement en charge.  

Et si vous pensez être une personne atteinte de ce trouble, n'hésitez pas à réaliser le test suivant qui vous apportera les premières réponses à vos questions. 

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Sommaire de l'article : 

  1. Que veut dire personnalité borderline ?
    1. Explications du concept de la personnalité borderline
    2. Les symptômes de la personnalité borderline et son diagnostic 
  2. Gérer un trouble de la personnalité borderline 
    1. Comprendre les causes du trouble borderline
    2. Soigner le trouble borderline : quelques clés 

Que veut dire personnalité borderline ? 

Selon Bergeret et les analyses du courant psychanalytiques les plus récentes, les états-limites seraient des types personnalités se maintenant dans une position instable entre la névrose et la psychose.

Explications du concept de la personnalité borderline

A la différence des personnes structurées sur le mode psychotique, ces personnalités auraient développé les bases de sécurité psychique, leur permettant d'avoir un rapport au réel préservé, sans pour autant bénéficier des moyens de se protéger contre les fortes angoisses qui les traversent grâce aux mécanismes de défenses névrotiques plus élaborés. Bergeret explique cette position d' « entre-deux » par un traumatisme précoce vécu dans l'enfance qui aurait désorganisé la personnalité et rendu difficile un développement psychique optimal, c'est à dire dans le registre névrotique, en lien avec une blessure narcissique fondamentale. Si l'existence de structures psychiques stables (psychose ou névrose) peut légitimement être contestée, cette théorie a le mérite de décrire avec exhaustivité la diversité des modes de fonctionnement individuels, et d'identifier des types d'angoisse et des mécanismes de défense différents en fonction de notre organisation psychique.

Ainsi, on peut observer que l'angoisse qui habite les personnes identifiées comme état-limites est une angoisse de perte d'objet, assimilable à une blessure d'abandon qui vient se réactiver dans les relations, notamment les plus intimes. Les personnes états-limites auront recours à des mécanismes de défense qui mettent en jeu le rapport à soi-même et aux autres sur le mode du clivage : il leur est difficile de considérer l'autre comme un tout complexe (à la fois « bon » et « mauvais ») et auront tendance à l'idéaliser ou à le mépriser en fonction de leur système de valeurs personnel. De la même manière, les parts de soi considérées comme mauvaises -faibles, fragiles notamment- sont rejetées, souvent évacuées via le déni, et projetées sur les autres, à l'extérieur de soi.

La souffrance principale des personnes borderline est le vécu dépressif lié à un fort sentiment d'abandon, de manque, de vide. Selon la perspective développée par Bergeret, l'organisation borderline ou état-limite, regroupe différents types de personnalité dans la mesure où ce type de construction intermédiaire est censé pouvoir évoluer vers des aménagements stables et se cristalliser selon des modes de fonctionnement tendanciellement psychotiques ou névrotiques, mais aussi du côté de la psychopathie et de la perversion, en fonction des caractéristiques personnelles et des expériences. Pour cette raison, l'état-limite décrit par la psychanalyse renvoie potentiellement à différents troubles de la personnalité décrits par la psychiatrie : personnalité borderline, personnalité antisociale et personnalité narcissique principalement.

Les symptômes de la personnalité borderline et son diagnostic

Si l'on se concentre plus spécifiquement sur le trouble de la personnalité borderline identifié par le manuel de référence pour le diagnostic des troubles psychiatriques (DSM 5), on retrouve les caractéristiques générales précocement mises en évidence par la psychanalyse : le mode relationnel anaclitique : le besoin d'étayage renvoyant au fait de ne pouvoir se sentir exister sans l'autre, l’agressivité au sens large, le trouble de l’identité : instabilité de l'image de soi et une tendance dépressive liée au sentiment d'abandon (Grinker, 1968).

Ainsi, le DSM établit neuf critères permettant de diagnostiquer un trouble de la personnalité borderline :

  • L'instabilité de l'humeur avec une grande réactivité aux stimulations de l'environnement, pouvant conduire à des crises émotionnelles intenses.
  • Un sentiment récurrent de rage et/ou une difficulté à contrôler sa colère.
  • Une répétition d'idées et/ou de comportements suicidaires parfois associés à l'automutilation.
  • Une impulsivité marquée notamment pour ce qui concerne des comportements autodestructeurs, conduites addictives et à risque).
  • Un sentiment chronique de vide
  • Une peur de l'abandon qui peut être associée à une fuite des situations considérées comme dangereuses affectivement,
  • L'instabilité des relations avec une oscillation entre idéalisation et dévalorisation de l'autre.
  • L'instabilité de l'image de soi : perception de soi fluctuante et changeante, ainsi que instabilité des valeurs, projets ou fréquentations personnelles.
  • La possibilité d'épisodes ponctuels de dissociation : c'est à dire un sentiment d'être détaché de soi et dépersonnalisé, avec une perte de sens du réel, qui peuvent survenir en situation de stress.

Nous sommes donc face à un trouble qui touche aux dimensions cognitive, affective et relationnelle de l'expérience quotidienne et qui peut constituer un véritable handicap pour le maintien d'une insertion sociale satisfaisante dans la vie personnelle comme au niveau professionnel.

Ainsi, si les personnes atteintes du trouble de la personnalité borderline représentent environ 2% de la population mondiale selon l'OMS, elles sont surreprésentées parmi les populations hospitalisées en psychiatrie (près de 10%) : en effet, à la différence d'autres troubles de la personnalité (antisociale, narcissique, et schizoïde notamment), le trouble de la personnalité borderline est une source d'une souffrance importante pouvant conduire à des demandes d'aide, ainsi qu'à des hospitalisations liées au terrain suicidaire et aux éventuels passages à l'acte. Le trouble de la personnalité borderline touche davantage les femmes qui constituent les 3 quarts des patients diagnostiqués.

Plusieurs guides d'entretien structurés ou semi-structurés ont été élaborés pour aider à la réalisation du diagnostic, qui est en général posé au début de l'âge adulte. Cependant, certains symptômes repérés pendant l'adolescence, tels que les troubles de l'image corporelle, la recherche de relations exclusives, une grande sensibilité au rejet et des actes d'automutilation, sont de bons prédicteurs du risque de développer un trouble de la personnalité borderline et rendent possible une prise en charge précoce dans une perspective préventive.

Ce diagnostic est fondamental dans la mesure où il permet une prise en charge adaptée et une meilleure compréhension des modes de fonctionnement personnels. Il permet également d'informer l'entourage sur les caractéristiques du trouble de la personnalité borderline et de les soutenir dans l'accompagnement de leur proche, souvent éprouvant émotionnellement et source d'une grande incompréhension.

Gérer un trouble de la personnalité borderline

Comprendre les causes du trouble borderline

Les études cliniques ont montré qu'un traumatisme précoce, qu'il s'agisse d'abus sexuel, de maltraitance et/ou d'expérience de séparation vécue avec les parents ou une figure affective majeure, est fréquemment retrouvé dans l'enfance des personnes souffrant du trouble de la personnalité borderline, bien que ce ne soit pas absolument systématique. Plus largement, la peur de l'abandon liée à des expériences vécues comme traumatisantes est régulièrement présente.

Ainsi, on a également pu déterminer qu'un environnement qui n'offre pas de soutien et d'accompagnement au vécu et à l'expression émotionnelle de l'enfant, contribue au développement du trouble de la personnalité borderline. Si les émotions de l'enfant ne sont pas confirmées ou validées mais au contraire ignorées, considérées comme déplacées, exagérées ou encore, méprisées, ce dernier se trouve confronté à une absence d'étayage affectif. Or celui-ci est fondamental car il permet l'apprentissage de la régulation émotionnelle et la construction d'un narcissisme solide, en appui sur la reconnaissance de la valeur et de la légitimité de la vie intime de l'enfant.

Des micro-traumatismes au cours de la vie, la plupart du temps liés à des expériences relationnelles douloureuses, peuvent également être à la source du développement d'un trouble de type borderline caractérisé par un mode de fonctionnement dit « supérieur », au sens où les causes ne renvoient pas à un événement désorganisateur précoce, mais à des perturbations émotionnelles qui ne déterminent pas les fondements de la construction psychique.

Si l'on s'appuie sur la théorie de l'attachement pour comprendre le développement du trouble borderline, on observe que les patients qui en souffrent ont développé un style d'attachement insécure caractérisé par la désorganisation, c'est à dire qu'il ont eu tendance à répondre aux expériences de séparation de manière imprévisible, soit par l'indifférence au retour du parent (ce qui signe un détachement défensif caractéristique d'un attachement évitant), soit par des réactions intenses, voire explosives.

Ainsi, on peut observer chez les personnes borderline adultes, une tendance à se « coller » affectivement à l'autre pour se rassurer, créant une proximité psychique qui elle-même déclenche l'angoisse. C'est tout le paradoxe du fonctionnement borderline qui s'exprime ici à travers la recherche affective intense et le rejet simultané d'une situation de fusion et de dépendance qui est redoutée. Causes et conséquences du trouble : les perturbations relationnelles et la régulation émotionnelle sont au cœur de la problématique borderline.

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soigner le trouble borderline : quelques clés

Certaines psychothérapies encore assez peu pratiquées en France, comme la thérapie comportementale dialectique (TCD) ou la thérapie focalisée sur le transfert (TFT), sont considérées comme particulièrement adaptées à la prise en charge du trouble de la personnalité borderline. En revanche, il n'y a pas une méthode thérapeutique qui soit foncièrement plus efficace qu'une autre et que l'on puisse inconditionnellement conseiller dans ce contexte. Si vous vous inscrivez actuellement dans le cadre d'un parcours de soin, de manière autonome ou suite à une hospitalisation, il peut être utile de vous adresser à un professionnel qui possède une connaissance et une expérience particulière du trouble borderline et qui pourra vous guider, mais aussi de profiter des nombreuses ressources et conseils d'orientation fournis par les associations spécialisées comme AFORPEL, AAPEL.

Il s'agira de trouver le thérapeute et le type de prise en charge qui vous conviennent le mieux, qui vous permettront de vous ouvrir et qui vous soutiendront dans votre élan vers un mieux-être, en phase avec vos besoins et votre sensibilité auxquels le parcours thérapeutique doit être adapté.

En complément de cette démarche thérapeutique et selon les recommandations d'un médecin spécialisé, un traitement médicamenteux adapté peut être utilisé pour réduire les manifestations symptomatiques les plus envahissantes et aider à apaiser l'anxiété, le vécu dépressif ou l'instabilité de l'humeur.

Parallèlement à ces démarches orientées vers un accompagnement externe, il est possible de développer pour et par soi-même des outils et des réflexes individuels permettant de limiter l'impact et/ou la violence de certains symptômes. Par exemple, il peut être utile d'apprendre à repérer les signes annonciateurs d'une période de crise en surveillant la qualité de son sommeil, la régularité se ses rythmes biologiques, la fluctuation de son humeur, les manifestations d'agressivité éventuelles etc. Même si le seul repérage des signes n'est pas nécessairement suffisant pour réduire significativement l'état de crise, le fait d'apprendre à mieux vous connaître, notamment en observant vos réactions émotionnelles récurrentes, permet de reprendre un certain contrôle sur une situation de souffrance face à laquelle vous pouvez être habituellement démuni.e, de prendre davantage conscience de vos processus internes et de réduire au moins la tension liée à l'imprévisibilité de nos propres réactions.

Si vous êtes confronté.e à des pulsions autodestructrices qui s'imposent comme un moyen de vous sentir vivant.e face au vide ou au contraire, de vous apaiser lorsque vous êtes en situation de tension psychique extrême, vous pouvez également essayer de stimuler fortement vos sens (par le goût, le son, des huiles essentielles pour l'odorat, des stimulations corporelles sur la base du chaud et du froid ...), afin de retrouver l'intensité recherchée au niveau perceptif, sans pour autant vous mettre en danger par l'auto-mutilation ou des comportements à risque.

L'une des clés pour retrouver progressivement un meilleur équilibre émotionnel, en complément d'un accompagnement externe également nécessaire, est la conscience de soi qui permet la prévention, en vue d'une meilleure maîtrise de certaines des manifestations du trouble.

Nous terminerons par un petit mot aux proches de la personne borderline qui se sentent souvent impuissants et démunis, en plus d'être pris dans la dynamique de montagnes russes que la personne atteinte du trouble leur fait vivre. De nombreux conseils peuvent être donnés qui sont utiles pour s'adapter au mieux au trouble tout en aidant le proche qui en souffre, à vivre les situations relationnelles le moins mal possible.

Vous trouverez de nombreuses ressources de cet ordre au sein des associations spécialisées dans la formation et l'entraide autour du trouble borderline. Cependant, il est également fondamental d'apprendre à se protéger émotionnellement de dynamiques fusionnelles et psychiquement dangereuses dans lesquelles votre proche, considéré comme une personne toxique pour vous, vous entraîne malgré lui :  « collage » et rejet, idéalisation et dévalorisation, exaltation et dépression. Vous devez garder en tête que vous n'êtes pas responsable de la réalité du trouble et que vous n'avez pas de pouvoir sur celui-ci. Il n'est jamais trop tard pour rectifier votre positionnement en instaurant et en maintenant une juste distance psychologique et émotionnelle entre votre proche et vous, de manière à vous préserver d'une spirale de violence relationnelle et à donner le moins de prise possible aux débordements affectifs par lequel votre proche vous sollicite.

Le fait de ne pas alimenter le trouble de la personnalité borderline par un fonctionnement en miroir, ne peut qu'aider votre proche à se stabiliser via l'expérience de limites claires entre lui et les autres, notamment les plus intimes.

N'hésitez pas enfin à vous tourner vers un professionnel et/ou une association si vous avez besoin de soutien ou de conseils : de nombreuses connaissances théoriques et empiriques sont disponibles pour vous guider au mieux dans la gestion de la maladie.

Article rédigé par Anna Savio - Psychologue clinicienne à La Clinique E-Santé