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Attaque de panique ou crise d'angoisse : 3 manières de faire la différence

Publié le 08/10/21 12:43

L’anxiété est la manifestation courante d’une difficulté personnelle ponctuelle susceptible de vous toucher dans la vie de tous les jours. Elle peut se manifester comme l’un des effets d’un stress aigu en situation critique, ou survenir suite à une situation particulière renvoyant subjectivement à un danger perçu. Elle est généralement anodine et passagère. On est donc amené à expérimenter fréquemment des formes légères à modérées d’anxiété, face aux petites ou plus grandes difficultés du quotidien qui peuvent momentanément nous déstabiliser. En tant que mode d’expression et de gestion des tensions psychiques, elle peut cependant se manifester également sous des formes plus aiguës, telles que la crise d’angoisse ou l’attaque de panique.

Si la crise d’angoisse et l’attaque de panique sont parfois considérées comme renvoyant à une seule et même entité dans la mesure où, certains symptômes se recoupent, il est également possible de les différencier sur la base de 3 critères : leur source, leur fréquence et leur intensité. 

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Sommaire de l'article :

  1. L'attaque de panique comme la forme pathologique de la crise d'angoisse
    1. Mieux comprendre l'attaque de panique et la crise d'angoisse
    2. L'attaque de panique : son contexte psychopathologique
    3. L'attaque de panique : au coeur des troubles anxieux
  2. Attaque de panique et crise d'angoisse : 3 critères pour les différencier
    1. La source
    2. La fréquence
    3. L'intensité

L’attaque de panique comme forme pathologique de la crise d’angoisse

Une crise d’angoisse renvoie à une montée rapide et imprévisible d’angoisse brute qui vient momentanément mobiliser toutes les ressources de la personne. Elle dure généralement de 20 à 30 minutes avant de se dissiper et de permettre un retour à un fonctionnement normal. Elle n’est associée à aucune pathologie psychique spécifique et peut survenir comme un événement isolé au cours de la vie ou bien, venir témoigner par son occurrence, de difficultés personnelles sur une période donnée qui ne s’inscrivent cependant pas dans le cadre d’un trouble psychique plus large.

L’attaque de panique est quant à elle, identifiée dans la dernière édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) comme, à la fois un état ponctuel de crise pouvant constituer une situation d’urgence et un symptôme fréquent dans le cadre plus large d’un trouble anxieux.

L’attaque de panique est considérée comme étant une crise d’angoisse aiguë. En effet, l’intensité de la crise, l’étendue de ses symptômes et les éléments de contexte ou psychiques à l’origine de son déclenchement, permettent de les différencier et de les identifier comme des entités distinctes. D’un côté il y a l’expression ciblée et exceptionnelle d’un état de tension psychique ponctuel, et de l’autre la manifestation d’un état anxieux général qui peut être récurrente.

Mieux comprendre l'attaque de panique et la crise d'angoisse 

Dans la mesure où l’attaque de panique correspond à une crise d’angoisse sous une forme sévère ou aiguë, il est essentiel de s'appuyer sur ce modèle plus extrême de l’attaque de panique et sur son contexte d’apparition, qui est celui du trouble psychique, pour mieux comprendre ce qui fait la spécificité des manifestations d’angoisses massives ou débordantes qu’elles constituent toutes les deux à des degrés différents. 

Ici, sera pris le parti de considérer l’attaque de panique comme l’une des conséquences associées à une situation de détresse psychique, ayant un impact global sur le fonctionnement de la personne.

La crise d’angoisse, quant à elle, est considérée comme une réaction non pathologique face à des facteurs de stress majeurs. Ceux-ci peuvent éventuellement venir jouer sur des fragilités personnelles qui, pour être plus ou moins faciles à gérer au quotidien, ne rentrent cependant pas dans le cadre d’un trouble psychique en tant que tel. En effet, l’anxiété est une réaction naturelle face à une tension interne, qu'elle trouve son origine dans des conflits, des difficultés sur le plan psychique, ou bien qu’elle soit due à des facteurs externes occasionnant un stress ponctuel ou chronique.

Il s’agit d’un mécanisme adaptatif normal, dont les manifestations ne deviennent pathologiques que lorsqu’elles conduisent à une altération du fonctionnement habituel de la personne, l’empêchent de mener à bien ses activités quotidiennes et nuisent au maintien d’une bonne insertion sociale et professionnelle. Ces manifestations viennent signer la présence d’un trouble psychique, terrain de l’attaque de panique.

L’attaque de panique : son contexte psychopathologique

Un trouble psychique peut, dans une certaine mesure et pendant un temps plus ou moins long, permettre la préservation d’un niveau de fonctionnement suffisant. Cette capacité d’adaptation préservée, notamment sur le plan socio-professionnel, a en effet tendance à masquer la réalité de la maladie à l’entourage, mais aussi à la personne elle-même, ce qui l’empêche de demander de l’aide, de s’engager dans un parcours de soin et de bénéficier d’un accompagnement thérapeutique.

Cependant, il est admis que ce type de situation correspond à un aménagement précaire : la personne use toutes ses ressources pour parvenir à s’adapter à son environnement, au détriment de son équilibre psychique et de sa santé mentale. Il arrive donc très fréquemment que cet état de stabilité apparent, finisse par céder aux aléas du quotidien et de la vie psychique. Il suffira alors d’un événement suffisamment déstabilisant pour que la personne ne s’effondre, cette fois complètement.

C’est ce qu’on appelle une décompensation, qui se définit par l’effondrement des défenses psychiques qui permettaient jusque-là, le maintien relatif du fonctionnement personnel, au moins dans certaines sphères d’activité.

Or, la dimension anxieuse est l’une des voies privilégiées par lesquelles peut se manifester une décompensation psychique, dans la mesure où elle correspond à un mode de gestion de la tension psychique fréquemment investi, au même titre par exemple que les conduites compulsives, les perturbations de l’humeur ou encore les comportements de substitution qui peuvent aller jusqu’à l’addiction.

Une décompensation renvoie à la nécessité de gérer une charge pulsionnelle massive, qui dépasse la notion même de tension psychique : dans ces conditions, l’anxiété sous sa forme la plus aigüe que constitue l’attaque de panique peut être investie comme voie royale pour la décompensation du trouble, indépendamment de la nature de ce dernier.

L’attaque de panique évoque facilement ce contexte de décompensation parce qu’elle médiatise par sa nature même, d’énormes tensions psychiques. Cependant, en contexte général et plus particulièrement en situation de crise de panique, elle est susceptible de se manifester comme symptôme dans le cadre de la grande majorité des pathologies psychiques à l’exception de celles qui de par leur nature même, n’investissent absolument pas la dimension anxieuse comme voie d’expression de leurs conflits psychiques (certains troubles de la personnalité, notamment).

L’attaque de panique au cœur des troubles anxieux

Si elle est de ce fait un symptôme de détresse psychique assez fréquent indépendamment du type de trouble, l’attaque de panique est néanmoins liée à la catégorie des troubles anxieux, puisqu’elle renvoie par essence à une angoisse qui vient déborder l’organisme aux niveaux physique et psychique.

Or l’angoisse dans son expression la plus pure peut être considérée comme la forme la plus brute de l’anxiété, c’est-à-dire non psychiquement élaborée : l’attaque de panique est une forme aiguë d’anxiété qui a toute sa place dans la symptomatologie des troubles anxieux. Certaines personnes auront cependant davantage tendance à stabiliser leur anxiété à un niveau relativement modéré, y compris dans le cadre de certains troubles anxieux comme le trouble obsessionnel-compulsif par exemple.

Ici l’angoisse est justement très élaborée, c’est-à-dire symbolisée, intellectualisée et projetée sur des éléments maîtrisables de l’environnement. Dans ce contexte, l’attaque de panique reste donc une manifestation seulement potentielle et exceptionnelle d’un débordement pulsionnel contre lequel un certain nombre de personnes en souffrance psychique sont très bien prémunies. Le fait de contenir voire d’étouffer la pulsion, renvoie en effet à un autre mode de gestion des difficultés psychiques, permettant de se protéger de la détresse et du sentiment de perte de contrôle qui seraient en l’occurrence associés à une attaque de panique.

Parmi les troubles anxieux répertoriés par les classifications médicales et psychiatriques de référence, certains constituent un terrain propice à la survenue d’attaques de panique, en particulier le trouble panique dont elle est le symptôme central, mais aussi le trouble anxieux généralisé (TAG), le trouble phobique, le trouble de l’anxiété sociale ainsi que l’état de stress post-traumatique.

En effet, s’ils tiennent chacun leurs spécificités de l’élément déclencheur d’un état de crise, tous ces troubles sont définis par la présence centrale de l’anxiété comme symptôme, allant d’une inquiétude diffuse à l’attaque de panique comme point culminant de l’angoisse

Attaque de panique ou crise d’angoisse : 3 critères pour les différencieR

Les sources

La crise d’angoisse, n’étant pas de nature pathologique, aura souvent pour déclencheur des événements externes au potentiel particulièrement déstabilisant, voire destructeur. Elle peut par exemple, intervenir comme un moyen de médiatiser une angoisse massive liée à la perte dans le cadre d’un deuil, se faire l’expression de bouleversements internes d’une grande ampleur ou bien concrétiser une angoisse fondamentale relative à une situation d’incertitude, d’instabilité ou d’insécurité.

Elle peut intervenir dans des contextes divers tels qu’une séparation amoureuse ou affective particulièrement désorganisatrice, ou des conditions socio-économiques précaires au point de mettre en danger le maintien de conditions de vie décentes, par exemple.

Ces illustrations isolées ont pour but de mettre en évidence le caractère circonstanciel de la crise d’angoisse : une situation de crise vient nous remettre en question au niveau de nos besoins psychiques les plus fondamentaux.

A l’inverse, l’attaque de panique est l’expression d’enjeux psychiques propres à une pathologie spécifique, dont il est possible de donner quelques exemples. Dans le cadre d’un trouble panique, c’est l’anticipation même d’une attaque à venir qui la provoque. Elle constitue également l’un des symptômes principaux d’un trouble phobique sévère dans le cas d’une exposition non contrôlée à l’objet phobogène.

Dans le contexte d’un trouble du stress post-traumatique, l’attaque de panique peut survenir comme la manifestation d’une bouffée d’angoisse massive due au retour inattendu de l’émotion liée au traumatisme. En somme, les déclencheurs de l’attaque de panique renvoient à des déterminants internes : il est difficile d’en identifier des causes objectives qui ne prendraient pas racine dans le trouble même dont elle est le symptôme. 

La fréquence

N’importe qui peut expérimenter une crise d’angoisse à un moment ou à un autre de sa vie, pour des raisons aussi diverses que celles que nous avons pu évoquer, mais aussi éventuellement comme l’expression d’une accumulation de tensions psychiques qui n’auraient pas eu l’opportunité d’être traitées séparément.

Dans un cas comme dans l’autre, on comprend que la crise d’angoisse a un caractère exceptionnel.

Dans les rares cas où elle peut être amenée à se renouveler, elle s’inscrit dans les limites d’une période donnée, dont le caractère exceptionnellement éprouvant est source d’une angoisse massive et permanente. Si elle est amenée à survenir régulièrement en dehors d’un contexte objectivement difficile, il est possible de considérer qu’elle prend un caractère aigu du point de vue du critère de la fréquence. Dans ce cas-là,  on bascule alors du côté de la pathologie et on peut parler de crise d’angoisse aiguë, ou encore d'attaque de panique comme situation d’urgence identifiée comme telle sur le plan psychiatrique.

Dans le cas d’un trouble anxieux, les attaques de panique sont en effet d’autant plus récurrentes que le trouble est sévère. Malheureusement, ceci est particulièrement facile à observer dans le cas du trouble panique où chaque attaque renforce la probabilité que la suivante ne se produise dans un court intervalle de temps. 

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L’intensité

La crise d’angoisse et l’attaque de panique ont de nombreux symptômes en commun et correspondent dans l’absolu au même processus anxieux.

Cependant, le caractère aigu de la crise d’angoisse, déterminé notamment par le contexte de son apparition et sa fréquence, la constitue comme entité psychiatrique. La crise d’angoisse, tout comme l’attaque de panique, se caractérise par des manifestations anxieuses dont l’intensité déborde tout l’organisme. Ces manifestations sont respiratoires, avec souvent un sentiment de gêne, d’oppression, voire de douleur thoracique, associées le plus souvent à une sensation d’étouffement, mais aussi à une fréquence cardiaque accélérée ou perturbée (palpitations).

Parallèlement, l’angoisse va avoir un impact sur l’ensemble de l’organisme, pouvant occasionner des vertiges, une sensation d’évanouissement ou encore de perdre pied vis-à-vis du réel, avec l’impression d’être physiquement anesthésié et les sensations physiques qui s’y associent. On peut également observer des symptômes digestifs (nausées, douleurs…) ainsi que des dérèglements d’ordre fonctionnel liés à l’activité neurologique (bouffées de chaleur, frissons, transpiration intense).

Sur le plan cognitif, ces perturbations physiques vont être accompagnées de pensées intrusives liées à la sensation de perte de contrôle propre à l’attaque de panique, comme l’idée d’une mort imminente qui peut se répercuter sur la sphère psychique plus large, donnant lieu à une adhésion émotionnelle (vécu de mort imminente) aux pensées qui se manifestent.

S’associent à cette réalité une peur de devenir fou/folle, elle aussi liée à la perte de contrôle sur l’activité globale de l’organisme. Tous ces symptômes sont théoriquement communs aux deux formes (aiguë ou non) de la crise d’angoisse et seront, en toute logique, susceptibles de se manifester plus ou moins selon l’intensité de la crise. 

Ce qui marque en revanche l’attaque de panique au-delà de l’intensité des symptômes, c’est la sensation de détachement vis-à-vis de soi, d’étrangeté quant à son identité, voire le sentiment de rupture entre le corps et l’esprit. On est là face à des symptômes de dépersonnalisation que leur gravité relative incite à appréhender comme la manifestation d’un trouble psychiatrique sous-jacent. 

Si ces derniers symptômes doivent plus particulièrement vous inciter à prendre votre état au sérieux et à vous tourner vers un professionnel de santé, vous devez globalement garder en tête que la crise d’angoisse, aiguë ou non, reste une manifestation anxieuse particulièrement aiguë en soi, dans la mesure où elle mobilise tout l’organisme par ses symptômes à un moment donné, occultant donc momentanément tout le champ de la conscience. L’existence seule de cette réalité doit suffire à vous rendre à minima vigilant.e quant à votre état global et à son évolution.

N’hésitez pas à en parler autour de vous, et à prendre conseil auprès de votre médecin ou d’un spécialiste : il est essentiel d’être bien accompagné.e en vue d’évaluer votre état psychique général, comme il est important de trouver des ressources qui puissent vous guider dans votre élan et vous permettre le cas échéant de prendre des mesures susceptibles de vous aider à aller mieux de manière globale.

Article rédigé par Anna Savio, Psychologue Clinicienne de la Clinique E-Santé