Orthorexie : quand manger sain tourne à l'obsession

orthorexie : symptômes, conséquences et traitements d'un trouble alimentaire peu connu

Manger sainement  est fortement encouragé par les politiques de santé : équilibrer son alimentation en la rendant moins riche, moins sucrée, moins salée… et pourtant, pesticides, hormones, colorants et autres additifs se retrouvent dans notre assiette. Une inquiétude grandissante est exprimée sur ce qui se passe dans nos plats et dans nos corps. Nous choisissons non plus seulement la nourriture pour son goût, mais également pour ses apports nutritionnels et ses bienfaits. Pour certaines personnes la quête du « manger sain » peut devenir une réelle obsession : c’est l’orthorexie, un trouble souvent minimisé tant il se développe sous couvert d'une volonté de rester en parfaite santé, quitte à s'imposer des régimes drastiques et de se restreindre. 

Si votre relation avec la nourriture entraîne des répercussions sur votre état mental, sur votre corps ou sur votre sphère sociale, vous endurez peut-être, sans le savoir un trouble orthorexique. 

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L’orthorexie est-elle un trouble du comportement alimentaire ?

Non, à ce jour l’orthorexie n’est pas officiellement considérée comme un trouble des conduites alimentaires (TCA) ni comme une pathologie.

En effet, le diagnostic clinique de l’orthorexie n’est pas reconnu par les classifications internationales des maladies mentales que sont le DSM-5 (Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux) ou la CIM-10 (Classification Internationale des Maladies). 

Néanmoins, elle est quand même considérée comme un trouble obsessionnel de l'alimentation par les psychothérapeutes qui constatent les répercussions psychologiques de cet ensemble de pratiques, pouvant conduire à de véritables troubles de l'alimentation.

Qu'est-ce que l'orthorexie ?

C'est est un ensemble de comportements alimentaires variés, mais ayant pour seul objectif la recherche d’une nourriture saine. La personne orthorexique tend à améliorer et préserver sa santé. Son ambition initiale est d’être bien dans son corps et que celui-ci se maintienne bien portant.

En soi, cela n’a donc rien de grave et ne paraît pas être malsain. Les motivations de départ peuvent être les suivantes :

  • Répondre à un désir excessif d’être en bonne santé dans un corps sain ;
  • Rechercher une perte de poids en ne consommant que des aliments sains et qualitatifs ;
  • Se rapprocher des standards de corps idéalisés par la société.

Or, l'orthorexie reste toutefois un trouble obsessionnel.

Elle englobe des pensées, des pratiques et des comportements qui deviennent problématiques lorsque la personne qui cherche au départ à être bien dans son corps évolue finalement mal dans sa tête.

Mis en œuvre au départ afin de perdre quelques kilos ou pour prendre soin de soi, de façon raisonnable et positive, l’attitude se modifie en un enfermement autour de la nourriture, isolant de l’entourage, impliquant des rituels et des obsessions. Le besoin de contrôle présent dans l'orthorexie est un point commun avec l'anorexie

L’orthorexie est un mode de consommation alimentaire chronophage : constituer les meilleurs plans alimentaires, faire les courses dans plusieurs magasins, décrypter toutes les étiquettes alimentaire, cuisiner des repas les plus sains possibles ... c’est ce contrôle omniprésent, cette obsession pour la nourriture saine qui devient excessive et diminue la qualité de vie au quotidien.

Il s'agit d'un trouble qui répond à une peur maladive d'empoisonner son corps et de mettre sa santé en danger. La nosophobie est une phobie dite spécifique, faisant partie des troubles anxieux. 

Les critères diagnostiques ressemblent à ceux qu'endure la personne orthorexique : inquiétude intense et persistante de la nourriture « malsaine », panique en cas d’ingestion d’un aliment problématique, détournement des situations phobogènes (ou angoisse profonde à les vivre), retentissement conséquent sur la vie sociale.

Que ressent une personne atteinte par ce trouble ? 

La personne n’est plus maîtresse de ses choix, le plaisir n’est plus présent en mangeant. Le contrôle démesuré engendre du mal-être. L’orthorexique est une personne qui ne mange pas ce qu’elle considère comme malsain. Ainsi, si elle mange un aliment ne répondant pas à ses critères, elle ressent de la frustration voire de la culpabilité.

Pour éviter cela certains personnes orthorexiques vont employer des comportements restrictifs et ne plus se nourrir, se rapprochant une fois de plus de l’anorexie. Pour d’autres, c’est de la bigorexie dont elles vont dépendre, satisfaisant leur recherche d’un corps en parfaite santé grâce au sport.

Mais bien que ce trouble obsessionnel alimentaire ait des points communs avec l’anorexie, comme par exemple la recherche constante de l’hypercontrôle, l’instauration d’une autodiscipline stricte et la perte de poids, il ne se développe pas dans l'unique objectif du contrôle de l'image du corps.

Il s'agit en fait d'un moyen de pallier à un fort sentiment d'anxiété grâce à la mise en place de rituels alimentaires. Cette dernière s'apaise en focalisant toute son attention sur son alimentation.

Cependant, par les injonctions sociétales, on associe un corps sain à un corps svelte. En ce sens, l’orthorexique a tendance à rechercher un physique qui s’en rapproche et à vouloir rester mince.

Dans quelques cas, les individus vont employer des méthodes de « purification » comme le jeûne alimentaire s’ils ont ingéré une nourriture considérée comme n’étant pas saine. Les restrictions cognitives et alimentaires étant extrêmement fortes dans l’orthorexie, il est possible que des crises de compulsions alimentaires surviennent.

En définitive, le tableau clinique qui se dresse rapproche l’orthorexie de plusieurs affections psychiques : elle se trouve au carrefour du trouble alimentaire, de la phobie alimentaire et de l’obsession alimentaire.

L’orthorexie est un trouble du comportement, provoquant une fascination pour la nourriture saine, créant parfois le mal-être, la dénutrition et l’isolement. C'est pourquoi, elle doit être prise en charge, d’autant plus lorsqu’elle entraîne une souffrance forte ou des répercussions somatiques dangereuses. Connaître les signes de la maladie est essentiel pour faciliter son repérage.

Bon à savoir

Une personne souffrant d’anorexie mentale peut avoir des comportements orthorexiques.

Pour certains auteurs, l’orthorexie permettrait de sortir de l’anorexie en se juxtaposant à elle, l’orthorexie étant plus acceptée socialement.

À l’inverse, elle pourrait aussi amener vers une anorexie et en deviendrait donc une nouvelle forme.

Aujourd’hui, les expert.e.s de la santé mentale vont principalement dans le sens d’un trouble du comportement alimentaire, voire une sous-catégorie d’anorexie mentale.

Quels sont les signes de l’orthorexie ?

Bien que les débuts du trouble soient généralement insidieux, certains signes peuvent être repérés. Petit à petit, tout devient suspect et dangereux, la maîtrise et l’évitement prennent le dessus.

Les symptômes de l’orthorexie sont les suivants :

  1. Un régime alimentaire dichotomique : il est établi en fonction d’une nourriture estimée comme saine et pure. Les catégories d’aliments sont classées de façon binaire en sain/nocif ou bon/toxique : cette échelle n’est ni objective, ni scientifique. Les valeurs curatives de certaines denrées relèvent parfois de l’ordre du magique ou du purificateur. En effet, il existe tout un ensemble de théories qui ne sont pas validées scientifiquement : la « détox » ou le jeûne par exemple, dont les vertus sont vantées sans être prouvées.

  2. L’analyse de la composition des aliments : un temps important est consacré à scruter et décrypter les étiquettes des denrées, faire les courses, vérifier l’aspect qualitatif et la provenance des produits, anticiper, optimiser et élaborer les repas.

  3. Des règles de consommation strictes : elles sont instaurées quant au choix des aliments, la façon de les cuire, de les accommoder et de les manger. Elles font limiter la consommation de sel, de matières grasses et de sucre et favorisent par exemple les produits d’origine biologique sans pesticides ou non transformés. Des pratiques compensatoires en cas de non-respect peuvent être réalisées pour se purifier (jeûne, « détox »…). 

  4. Les cérémonies alimentaires : elles s'apparentent à des sortes de rituels diététiques, il s’agit par exemple de compter les calories, de peser les quantités ou encore de mâcher un certain nombre de fois.

  5. L’absence de plaisir : savourer est mis au second plan, la nourriture possède un rôle médicamenteux, il n’est plus question de consommer de façon variée, mais simplement pour ingérer la bonne quantité de nutriments nécessaires à un fonctionnement optimal. L’alimentation est pensée en vitamines et en minéraux. Il y a seulement une forme de plaisir à partir du moment où les règles sont respectées.

  6. Le retrait social : l’isolement se met en place pour ne pas avoir à déroger aux rituels, aux habitudes, aux règles. Parfois il y a un refus de déjeuner à l’extérieur ou chez l’entourage, et si cela ne peut être contourné, alors le repas est apporté par la personne elle-même.

  7. Une forte anxiété : de l’angoisse est générée à l’idée de devoir absorber de la nourriture qui ne serait pas saine et de ne pas pouvoir l’éviter.

  8. Une idéalisation : manger sain revêt presque un aspect spirituel et un état monacal, à la recherche d’une forme de pureté qui se rapproche de l’ascétisme.

  9. Une rigidité : le discours est fermé et manque de souplesse sur le sujet de l’alimentation saine et amène parfois à des conflits et des jugements de valeur.

  10. La prise de compléments alimentaire : la supplétion en vitamines et autres compléments alimentaires n’est pas rare.

  11. L’hypocondrie : elle est possible lorsque la personne est convaincue de souffrir d’une maladie allergique (gluten ou lactose) ou digestive (syndrome de l’intestin irritable).

A lire aussi : 11 conséquences graves de l'anorexie dans votre vie

À quoi sert le test de Bratman dans le diagnostic ?

Steve Bratman (médecin américain) parle d’orthorexia nervosa (dérivée d’anorexia ou bulimia nervosa) pour la première fois en 1997. Il crée un test en dix questions permettant de dépister et de mesurer le degré d’orthorexie.

Voici les critères qu’il retient pour valider un diagnostic d’orthorexie nerveuse :

  1. Se préoccuper plus de trois heures par jour de son alimentation ;
  2. Planifier et prévoir ses repas ;
  3. Accorder plus d’importance aux valeurs nutritionnelles qu’au plaisir de manger ;
  4. Percevoir une dégradation de sa qualité de vie depuis le début du régime ;
  5. Faire preuve d’une plus grande exigence envers soi-même ;
  6. Renforcer son estime personnelle en mangeant sain ;
  7. Renoncer à ses désirs au profit d’une nourriture exclusivement saine ;
  8. S’isoler et se retirer de la vie sociale en conséquence du régime ;
  9. Culpabiliser fortement en cas de non-respect des règles ;
  10. Avoir un sentiment de contrôle apaisant lorsque les règles sont suivies.

Répondre positivement à cinq de ces critères pourrait aiguiller le diagnostic autour d’un trouble orthorexique.

Les questions du test de Bratman sont pertinentes dans le sens où elles aident à établir la présence ou non d’un trouble, notamment si l’individu souffre de sa relation avec la nourriture. C’est d’ailleurs ce que propose Bratman, non pas en orientant l’orthorexie comme une maladie, mais comme un questionnement face aux habitudes alimentaires de chacun.e, parfois extrêmes et risquées.

En 2016, Bratman propose une évolution de son test ajoutant les troubles émotionnels intenses, un envahissement de la pensée concernant les règles alimentaires, une aggravation des restrictions et une préoccupation mentale entraînent des conséquences sur le corps, la vie relationnelle, l’état psychique et l’estime de soi. 

Bon à savoir

À l’heure actuelle, le seul test de Bratman ne suffit pas pour diagnostiquer l'orthorexie. Le professionnel de la santé s'en sert pout orienter son analyse, mais il doit également étudier le régime alimentaire de la personne, évaluer ses comportements, et la questionner sur les pensées et les émotions ressenties dans cette interaction excessivement saine à la nourriture.

La recherche d’autres troubles associés (trouble de l’humeur, trouble de l’anxiété, trouble obsessionnel-compulsif) et des séquelles somatiques (perte de poids, carences…) permet d’affiner le diagnostic.

Pourquoi devient-on orthorexique ?

Tout d’abord, avant de souffrir d’orthorexie, il y a toujours un élément déclencheur au fait de commencer à manger de façon plus saine : vouloir perdre du poids, obtenir le corps idéal, essayer de se défaire d’une alimentation trop riche , se nourrir de nouvelles manières (végétarisme, véganisme, sans gluten, crudivorisme…) ; souhaiter un retour au naturel et à l’authenticité.

Ensuite, de nombreux facteurs comme une peur envahissante et des facteurs psychosociaux peuvent être à l'origine du développement de ce trouble. 

1-Une peur de s'empoisonner, de manquer et d'être jugé

Premièrement, chez les personne orthorexique, il y a une crainte d’être dans l’excès en consommant trop de produits malsains. L’angoisse de l’empoisonnement est aussi présente, en lien avec l’alimentation industrielle à grande échelle et l’absence de protection environnementale. On retrouve donc ainsi comme dans beaucoup de TCA, d'une alimentation basée sur les émotions dont la gestion est bien souvent mal réalisée.

Ainsi se rapprocher de l’origine du produit, être au plus près des circuits de production peut rassurer, et permettre de s’identifier en personnalisant ses choix d’alimentation.

Ensuite, on note la peur du manque, pas tant d’un point de vue quantitatif, mais qualitatif (vitamines, sels minéraux, antioxydants et oligoéléments).

Pour finir, c’est la peur du jugement qui est présente, jugement du corps par une société où le culte de la minceur est partout, prônant la parfaite santé, où la maladie (physique et mentale) n’a pas sa place ; mais aussi une appréhension d’être jugé.e moralement sur une consommation qui ne serait ni éthique ni de qualité.

2-La présence de facteurs psychosociaux

On retrouve différentes causes psychosociales relatives à l’apparition de l’orthorexie : Certains traits de personnalité ressortent particulièrement : les narcissiques et perfectionnistes, avec une instabilité émotionnelle , les obsessionnels rigides ayant des ritualisations, du contrôle, des vérifications, les phobiques avec des évitements et des angoisses.

Il existe des profils plus à risque comme les professionnels et les étudiants en nutrition et en diététique, les personnes pratiquant beaucoup de sport, les athlètes de métier, et les individus souffrant de troubles alimentaires.

Enfin, les habitudes alimentaires peuvent jouer un rôle : les personnes suivant un régime végétarien ou végétalien, par exemple. Les personnes qui expriment une fragilité, un manque d’estime et qui ont une forte propension à l’hypocondrie. Les personnes ayant une tendance aux états dépressifs et anxieux. Les personnes ayant un niveau de revenus élevés et vivant dans les pays industrialisés.

Bon à savoir

N’ayant pas de reconnaissance officielle, il n’existe aucun critère de diagnostic ni de consensus scientifiquement validés sur le sujet.

Récemment des chercheurs ont proposé de distinguer l’orthorexie nerveuse, démesurée, pathologique et l’orthorexie saine, sans conséquence préjudiciable.

Cette manière de se nourrir serait un nouveau mode de consommation, englobant d’autres pratiques comme l’hygiène de vie ou la façon d’acheter (circuit court, etc.).

Au-delà, c’est l’aspect motivationnel qui est important et les émotions qui en découlent : l’orthorexie nerveuse serait associée à des sentiments négatifs, tels que l’angoisse et la culpabilité, comme c'est également le cas pour les crises de boulimie

L’orthorexie est-elle alimentée par les réseaux sociaux ?

Oui, certains contenus orientés alimentation et régime sur les réseaux sociaux, participent au développement de l'orthorexie en relayant parfois des informations erronées sur l'alimentation. Ils invitent par ailleurs à la consommation de "super aliments" en ventant leurs bienfaits sur la santé. Il existe également de nombreux placements de produits tels que des compléments alimentaires qui invitent les personnes à remettre en question leurs habitudes alimentaires et à consommer des produits de substitution.

L’image sur les réseaux sociaux est reine, elle doit être irréprochable et idéalisée. De nombreux compte "food" apparaissent alors en présentant chaque jour des photos avec le contenu des assiettes, accompagnées de messages relatant le nombre de calories pour chaque repas. Parfois, certains comptes allient également le sport et la nourriture en relatant tout à la fois leurs exploits nutritionnels que sportifs en partageant des photos de corps très musclés. 

La quantité d’informations qu'apporte le monde numérique amène parfois à être saturé. Dans ce contexte, il existe une perte de repères.

L'orthorexie se caractérise donc également par une quête identitaire, au travers d'une alimentation symbolique et maîtrisée. L’orthorexie peut devenir sévère lorsque l’identité se construit uniquement à cet égard : la personne rattache toute son existence à sa consommation. 

A lire aussi : Anorexie mentale : 7 causes de cet enfer du quotidien

Quelles sont les conséquences de ce type de trouble ?

Si l’orthorexie est peu marquée, les conséquences sont principalement des carences alimentaires légères, comme celles que l’on peut retrouver dans les régimes végétariens ou végétaliens, et qui se comblent facilement.

On parle d’orthorexie nerveuse lorsque le trouble est sévère. Il y a une prise de contrôle de la maladie sur la façon de vivre et sur les pensées.

Les préoccupations deviennent des restrictions alimentaires provoquant des déficits et une sous-nutrition. Les complications dépendent de la gravité de l’affection et des interdictions mises en place dans la diète. Créer des privations non adaptées (par exemple en éliminant le gluten ou le lactose sans y être allergique ni même intolérant) conduit à des déséquilibres.

Les conséquences de l'orthorexie sont somatiques, psychologiques et cognitives :

  1. Perte de poids, de masse grasse, voire une fonte musculaire ;
  2. Dérèglement hormonal provoquant dans certains cas une aménorrhée ;
  3. Manque d’énergie, affaiblissement général, fatigue, asthénie ;
  4. Fonctionnement cognitif au ralenti,
  5. Difficultés de concentration ;
  6. Apathie,
  7. Isolement, repli sur soi allant parfois jusqu’à l’arrêt de l’école ou du travail ;
  8. Mal-être, culpabilité, image de soi dévalorisée, estime personnelle impactée ;
  9. Trouble de l’anxiété et humeur dépressive, idées noires ;
  10. Impact sur le cœur et le rythme cardiaque ;
  11. Cachexie et dans les cas extrêmes, décès.

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Comment s’en sortir quand on est orthorexique ?

Ce qui peut sembler sain ne l’est pas forcément. L'orthorexie est une conduite alimentaire atypique, mais lorsque la détresse, qu’elle soit physique ou psychique, est intense, il est nécessaire de se faire aider.

Même si ce trouble n’est pas reconnue en tant que pathologie, cela ne doit pas freiner les personnes en souffrance à se rapprocher d’un professionnel de santé ou à en parler avec un tiers de confiance.

1-Bénéficier d'un accompagnement médical et thérapeutique adapté

Un accompagnement adapté c’est un protocole spécifique permettant de concevoir le fonctionnement et les mécanismes ainsi que l’origine du développement du trouble.

Comme pour chaque traitement des pathologies liées à l'alimentation comme l'hyperphagie, l'anorexie ou la boulimie, il est primordial que la personne se sente en sécurité, comprise et libre d’extérioriser ce qu’elle vit afin d’appréhender ce qui se joue en elle pour travailler et avancer vers la guérison.

Un suivi pluridisciplinaire est essentiel : généraliste, psychiatre ou psychologue, mais aussi nutritionniste spécialisé.e en orthorexie, favorisant l’éducation nutritionnelle et la levée des croyances autour de l’alimentation. 

2- Réapprendre à manger sans angoisse

Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) aident à déconstruire le système de pensées problématiques, permettant de réintroduire certains aliments, de redevenir libre et de prendre du plaisir à manger. Dans le trouble alimentaire, seront étudiées les situations de crise, les réflexions symptomatiques et les comportements douloureux.

Les TCC sont les thérapies qui obtiennent les meilleurs résultats sur les troubles, que ce soit l'anorexie, l'hyperphagie ou la boulimie. En conséquences, elles sont fortement conseillées en première intention.

Quand la personne souffrant d’orthorexie, est face à une circonstance anxiogène, elle trouve le réconfort et la réassurance dont elle a besoin en contrôlant son alimentation. Les TCC vont identifier le cercle vicieux dans lequel elle est bloquée, afin de comprendre ce qui est en jeu pour mieux limiter la symptomatologie et les risques associés.

La psychothérapie accompagne à se défaire de l’obsession, pour laisser le contrôle de soi décider de ses envies et de ses désirs, sans frustration ni culpabilité.

Il s’agit, comme dans le traitement des TOC ou des TCA, de réduire les comportements inadaptés ainsi que les compulsions, tout en diminuant l’anxiété : travailler sur les pensées pour apprendre à modifier les conduites.

Cela peut se faire avec des exercices afin de se confronter aux situations douloureuses, mais aussi par de la relaxation ou des jeux de rôles. À terme, le fonctionnement automatique qui s’enclenchait auparavant de façon systématique se défait, pour libérer de l’espace mental et de la place psychique.

En seconde intention, la recherche de l’origine du trouble est alors possible : par exemple, avec une thérapie intégrative ou la psychanalyse, la thérapie par l'EMDR, l'hypnose…

Bon à savoir

Concernant le traitement de l’orthorexie chez les jeunes, et en particulier des enfants, l’accompagnement est différent car les TCC ne sont pas adaptées, le fonctionnement cognitif n’étant pas encore assez développé pour déconstruire des schémas de pensée.

Un enfant qui endure un trouble alimentaire se trouve généralement dans une situation anxiogène et dans un environnement insécure, il a besoin de réassurance et s’il est orthorexique, cela passe par le contrôle de ce qu’il mange.

La thérapie peut se faire de manière intégrative avec des outils comme le dessin, la peinture, l’écriture (s’il est en âge d’écrire) et les jeux symboliques, pour comprendre l’origine de l’affection (une peur, un manque de cadre ou un mimétisme…).

3-Pratiquer la pleine conscience pour recréer un lien avec son corps

La méditation, l’art-thérapie ou encore la pleine conscience sont extrêmement intéressantes à exploiter, car l’orthorexie est régie par l’anxiété et la rigidité : sortir du cadre, à ne plus s’y enfermer et à ne plus se poser de limites, en étant ni dans l’anticipation ni dans le contrôle, permet de se confronter avec ce qui effraie le plus l’individu, à savoir le lâcher-prise.

Ces différentes pratiques aident à retrouver prise sur soi, sur le temps et ses sensations.

Recréer le lien avec son corps est essentiel, dans la mesure où la dissociation est forte et le plaisir est absent, il est étouffé sous le contrôle permanent. S’autoriser à l’écouter en s’autorisant des aliments interdits fait partie du chemin de la guérison de l'orthorexie.

Quant au yoga et à la naturopathie, ce sont là aussi deux pistes à étudier, car la personne va réinvestir d’autres pans que la nourriture. Évidemment il est nécessaire de rester vigilant.e pour ne pas obtenir l’effet inverse, à savoir se focaliser de nouveau de manière excessive sur la nutrition ou sombrer dans des pratiques compensatoires extrêmes avec le sport.

A lire aussi : hyperphagie boulimique : 5 conseils pour sortir du cercle vicieux

4- Suivre un traitement médicamenteux pour soulager les symptômes

Le traitement de l’orthorexie par la médication intervient uniquement pour soulager certains symptômes (dépression, anxiété, TOC) et non pas l’orthorexie en elle-même. C’est une béquille chimique temporaire.

Il faut sortir de l’enfermement progressivement, manger pour vivre et réapprendre à satisfaire les signaux. Recréer du lien et mettre des mots sur ce que l’on ressent est essentiel.

5- En parler autour de soi avec ses proches

En tant que proche, aider est possible, mais cela est parfois compliqué. En effet, sans répercussion physique ou détresse psychique, il est difficile pour les malades d’admettre leur trouble, car leur alimentation leur semble saine, un déni est probable.

Pourtant, les orthorexiques ont conscience des mécaniques en jeu. Le principal pour se sentir aidé.e est d’être soutenu.e correctement.

C’est à la personne malade d’enclencher la démarche lorsque cela arrive. Parler du trouble en tentant, par exemple, d'expliquer ce qu'elle ressent quand elle mange à un proche de confiance, lui permettra progressivement de conscientiser ses comportements. 

En tant que proche, il s’agit d’être à l’écoute, d'être bienveillant.e, de se placer dans une posture de non-jugement, en lui demandant ce dont elle a besoin, sans la forcer à modifier ses comportements.

Si la personne orthorexique sent de la part de son entourage un jugement quand elle essaye de s'expliquer, cela peut avoir l'effet inverse de celui escompté. En effet, cela pourrait provoquer en elle de la honte et de la culpabilité, consolidant de ce fait son anxiété et ses conduites pathologiques.

Un risque de repli sur elle-même est également présent, puisque se sentant incomprise, elle finira probablement par ne plus vouloir en parler.

À retenir

Le manque de littérature, de recherches et de données actuelles ne permet pas de valider un diagnostic clinique du trouble orthorexique. Pourtant il est possible de définir le trouble comme la quête obsessive d’une alimentation saine, pouvant évoluer en un trouble maladif appelé également orthorexie nerveuse.

Cette dernière, cause des peines psychiques et des complications somatiques. Il s'agit d'un trouble du comportement proche de l’anorexie mentale, que l’on retrouve de plus en plus en consultation. Cette quête de pureté nutritionnelle médicalise la nourriture pour en extraire uniquement les vertus et les bénéfices. Le plaisir disparaît, au profit d’un hypercontrôle alimentaire rigide et obsessionnel.

Les injonctions reçues au quotidien favorisent la dissonance : la société projette des corps minces et musclés, représentant des modèles d’hygiénisme à atteindre tandis que certains mouvements comme par exemple le "Body postivisme", enjoignent à accepter les corps tels qu’ils sont.

Les TCA sont généralement associés à un sentiment de dégoût, ce qui encourage le tabou autour d’eux. Prévenir l’orthorexie c’est en parler ouvertement pour lever ce tabou : comment se manifeste-t-elle, quels en sont les symptômes et les comportements ? Mais il est aussi essentiel de rappeler que la souffrance est très intense et que ce trouble doit faire l’objet d’avancées dans le monde de la recherche.

Lorsque la place donnée à l’alimentation devient trop importante, il est nécessaire de pouvoir consulter. L’orthorexie se guérit. Si vous pensez en souffrir, n’attendez plus et prenez contact avec notre équipe experte en troubles du comportement alimentaire afin de trouver, ensemble, le protocole qui sera le plus adapté à vos besoins. Au-delà d'identifier les causes à l'origine de la boulimie, de l'anorexie, de l'hyperphagie ou de l'orthorexie dont vous souffrez peut-être, nos psychologues vous apporteront des clés concrètes avec des exercices pratiques pour vous en sortir. 

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