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Comment surmonter la dépendance affective pour toujours ?

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La dépendance affective est source de souffrance pour un grand nombre de personnes.

Elle peut se manifester de différentes manières en fonction de notre construction, mais renvoie toujours pour ceux qui en souffrent à la nécessité de trouver à l'extérieur d'eux-même les moyens de combler un manque affectif qui s'exprime par une douloureuse sensation de vide intérieur.

Repérable par une tendance aux conduites addictives, c'est dans le cadre des relations affectives que la dépendance affective s'exprime de la manière la plus évidente : elle provoque des dysfonctionnements relationnels fondés sur la peur de perdre l'autre et la relation, sur un sentiment qu'on peut dire viscéral de manque lorsqu'on est éloigné de l'autre, et sur la tendance à s'oublier et à nier nos propres besoins au profit de l'autre et dans l'optique de préserver la relation.

Si on peut en tant que dépendant.e affectif.ve avoir l'impression que nous ne pourrons jamais nous émanciper de ce mode de fonctionnement tant on se sent impuissant face à nos propres émotions et réactions, il faut bien garder à l'esprit que la dépendance affective n'est pas un état d'être naturel mais un trouble de l'affectivité qui se soigne et se guérit.

Il est pour cela nécessaire d'être bien accompagné et surtout de développer l'écoute de soi, de son rythme et de ses besoins.

Vous trouverez dans cet article les principales pistes thérapeutiques par lesquelles on peut venir à bout de la dépendance affective. 

TEST : SUIS-JE DEPENDANT AFFECTIF ?

Se tourner vers le passé pour pouvoir aller de l'avant

La dépendance affective correspond à une situation de carence affective qui trouve  ses sources dans des blessures passées pouvant remonter à l'enfance, voire aux toutes premières relations d'attachement, susceptibles de déterminer en profondeur, une fois adulte, notre mode de fonctionnement vis-à-vis d'autrui et la manière dont nous vivons nos relations affectives.

L'attachement renvoie en effet à la manière dont nos donneurs de soins, la plupart du temps nos parents, ont répondu à nos premiers besoins affectifs et ont exprimé cette réponse au bébé que nous étions, à travers une qualité de relation plus ou moins nourrissante.

Ce processus présent dès notre arrivée au monde se poursuit tout au long de notre construction, et des traumatismes liés à des vécus d'abandon ou de négligence, voire des expériences effectives de violences psychologiques et/ou physiques, peuvent créer une blessure profonde qui viendra se manifester par une carence affective massive.

Il est également possible que des événements d'enfance pouvant passer pour anodins (moqueries, problèmes de santé, éloignement momentané d'un parent...) aient causé une blessure durable, notre sensibilité personnelle et notre mode de construction nous rendant plus ou moins résistants émotionnellement face aux événements de la vie et aux agressions de l'environnement.

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Cette carence aura pour conséquence de créer des dysfonctionnements dans nos modes d'investissement et de gestion des relations affectives.

Le premier moyen pour se débarrasser de la dépendance affective est donc de se faire accompagner pour réaliser un travail sur les blessures passées à l'origine de notre carence affective.

Dans le cadre d'un accompagnement thérapeutique, on disposera de différents moyens pour accéder à ces événements traumatiques et pour travailler à les guérir ; cela peut être notamment à travers un processus guidé d' « auto-parentage », permettant d'apaiser dans l'après-coup les souffrances affectives de l'enfant que nous avons été, à travers la reconnaissance de la légitimité de cette souffrance et le développement voire l'expression d'une empathie profonde pour ce moi-enfant.

Cela peut aussi consister à prendre conscience de ce que nos relations passées nous ont fait vivre pour pouvoir se laisser traverser, cette fois en contexte sécure et avec nos ressources d'adulte, par les émotions desquelles nous avons pu autrefois nous couper pour survivre psychiquement.

Quelle que soit la méthode utilisée, il sera donc avant tout nécessaire d'accepter de se retourner sur son passé pour réparer ce qui demande à l'être et pouvoir continuer son chemin personnel plus libre et plus solide.

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LA CLINIQUE E-SANTÉ (2)

Réparer son estime de soi

La dépendance affective est fondée sur un manque d'amour de soi, que nous n'avons pas ou peu eu l'opportunité de développer ou de renforcer dû à nos carences affectives plus ou moins précoces.

Par conséquent, lorsque nous souffrons de dépendance affective, nous avançons avec une estime de nous-même faible ou fragile.

Une manière efficace d'accéder à la possibilité de réparer son estime de soi consiste à observer, identifier, puis remettre en question les croyances limitantes que nous avons sur nous-même.

Bien souvent en effet, une mauvaise estime de soi est alimentée par les croyances très ancrées que nous entretenons à propos de qui nous sommes et de notre rôle dans la vie.

Trois positions principales nous permettent de manière générale de vivre et de fonctionner avec une dépendance affective : nous aurons tendance à incarner les rôles de victime, de sauveur et/ou de persécuteur (triangle dramatique, Karpman).

La victime se sent impuissante et attend d'être secourue, le sauveur se dévoue au-delà de ses limites pour les autres, et le persécuteur adopte une posture d'autorité voire de domination.

Ces rôles, ou postures psychologiques, permettent à ceux qui les incarnent de développer des liens avec autrui en dehors de toute autonomie psychique.

Ces modes de fonctionnement sont toujours liés à des relations d'emprise, ou a minima de dépendance, puisque l'autonomie affective n'est pas possible : chacune de ces postures exige la présence d'un autre pour être investie.

Or celles-ci ne peuvent se maintenir que sur la base de croyances limitantes selon lesquelles nous ne pouvons fonctionner autrement, qui nous donnent l'illusion que ces rôles (faux-selfs) sont notre personnalité, quand elles ne sont que l'expression de notre dépendance et de notre fragilité affective.

Le fait de vivre selon ces modes de fonctionnement est la plupart du temps à l'origine d'une grande souffrance (dont la source réelle est rarement identifiée) puisqu'ils nous conduisent à entretenir au mieux des relations qui ne sont pas nourrissantes et créent de la frustration de part et d'autre, et au pire des relations toxiques.

Si nous sommes dans une volonté de changement, nous avons la possibilité de requestionner ces croyances que nous entretenons au quotidien sur nous-même et sur ce que les autres attendent de nous.

Comment fonctionner sur le registre de l'authenticité plutôt que sur celui de nos conditionnements ?

Il s'agit de remplacer nos croyances limitantes par des croyances aidantes, et cela commence par une prise de recul vis-à-vis de nos modes de fonctionnement avec autrui.

Nous serons alors amenés à regarder qui nous sommes derrière le rôle que nous jouons au quotidien, et c'est grâce à ce pas de côté que nous accédons à la possibilité de réparer une estime de soi que nous découvrons endommagée.

Il s'agit pour cela de nous appuyer sur nos valeurs profondes pour (re)découvrir nos qualités et façonner une autre image, plus positive et surtout plus authentique, de nous-même et de notre potentiel.

Ce n'est qu'en développant la conscience intime de ces qualités personnelles et en les travaillant au quotidien par le biais de l'affirmation de soi dans le respect de l'autre que nous pourrons développer de nouveaux modes relationnels, fondés sur l'autonomie et la réciprocité.

C'est un travail sur soi en profondeur, basé sur une remise en question systématique et sur la mise en pratique de nouveaux comportements, qui nécessite également d'être accompagné.

Il est en effet très difficile de prendre de soi-même le recul nécessaire à la déconstruction des « jeux de rôle » par lesquels nous vivons nos relations ; or cette prise de recul est absolument nécessaire à la réparation de l'estime de soi en vue d'une transformation personnelle.

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Développer la bienveillance envers soi-même

Bien souvent, lorsque nous souffrons de dépendance affective et d'autant plus quand nous avons réalisé les premières prises de conscience concernant le caractère destructeur de notre mode de fonctionnement, nous pouvons être envahis par la culpabilité, voire par la honte, de ne pas nous sentir capable de nous respecter davantage dans le cadre de nos relations

Si nous avons déjà avancé sur nos modes de fonctionnement, il est courant que l'on se reproche de s'être soi-même placé en posture d'oubli de soi ou d'acceptation inconditionnelle de l'autre au détriment de notre bien-être ; dans le cas d'abus de la part d'un partenaire ayant profité de notre vulnérabilité, ces sentiments peuvent être encore accentués.

Ces émotions négatives alimentent une mauvaise estime de soi et ne sont pas les meilleurs alliés pour avancer sereinement.

Nous pouvons momentanément rester bloqués par ce sentiment de culpabilité qui vient toucher à la confiance que nous nous portons et nous empêche de nous tourner à nouveau vers l'extérieur et vers l'avenir, en confiance justement. 

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Il est donc primordial, une fois que l'on a pris conscience de notre tendance à la dépendance affective et de nos modes de fonctionnement limitants, d'apprendre à développer l'amour de soi qui s'exprimera dans la pratique par l'exercice de la bienveillance envers nous-même.

Là encore, il est important d'être en lien avec un professionnel qui puisse nous guider, nous rassurer sur le chemin parcouru, nous encourager et nous rappeler que chaque petit pas vers l'autonomie affective doit être une source de fierté

Les groupes thérapeutiques peuvent également être très utiles sur ce point, en nous permettant de réaliser dans les faits que nous ne sommes pas seul.e.s et que d'autres que nous traversent ou ont traversé les mêmes difficultés.

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Les autres, souffrant du même trouble, deviennent un catalyseur de cette bienveillance envers nous-même, en nous permettant de développer l'empathie relativement à des situations proches de la nôtre.

L'effet déculpabilisant d'une expérience de groupe est également lié au fait d'être amené.e à relativiser le caractère « anormal » de notre propre fonctionnement, souvent source de honte et d'isolement, en l'observant également chez les autres.

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Apprendre à identifier et à respecter ses besoins

La dépendance affective a tendance à nous couper de nos besoins profonds, ceux qui nous permettent d'avancer en autonomie et en équilibre, au profit du seul besoin d'affection et de réassurance, qui prend toute la place dans notre vie émotionnelle.

Ce fonctionnement alimente notre carence affective et nous garde dans une situation d'impuissance psychique : il nous est très difficile d'agir autrement. 

Dans la continuité d'un travail sur nos blessures passées et en lien direct avec la réparation de notre estime de nous-même via la déconstruction de nos croyances limitantes, il s'agira progressivement de nous reconnecter à qui nous sommes profondément afin de (re)découvrir nos valeurs et nos besoins fondamentaux.

On travaillera dans un premier temps à les écouter et à les respecter pour ensuite pouvoir les faire respecter en situation relationnelle.

Nos besoins propres renvoient à notre personnalité, à tout ce que nous sommes indépendamment de nos conditionnements affectifs (traits de personnalités, goûts, aptitudes...), en lien avec les valeurs qui nous structurent et nous rendent uniques

Une méthode pour se reconnecter à nous-même et à nos besoins consiste à prendre le temps de s'écouter et à prendre soin de soi.

Le fait de faire l'effort de prendre du temps pour soi et d'écouter ce qui nous traverse est donc le premier pas, qui peut être exigeant, en direction de notre être authentique.

Nous pouvons au départ être submergés par la sensation de manque liée à la solitude ; face à cela, il s'agit de réaliser de petits actes qui nous font du bien et favorisent l'auto-apaisement (écouter de la musique, écrire, s'offrir un massage, s'ouvrir à des pratiques de relaxation...).

Avec le temps et la pratique, vous verrez émerger des envies et besoins qui renvoient à votre être véritable et demandent à être repérés et respectés ; ce peut être des besoins psychologiques que nous avons eu tendance à négliger dans le cadre de nos relations affectives (besoin d'écoute, d'empathie, d'affirmation de soi, de considération, de reconnaissance de notre valeur et de notre identité...), mais aussi des besoins plus spirituels renvoyant au sens de l'existence (besoin de beauté, de paix, de connexion, d'appartenance...) que nous n'avons peut-être jamais pris le temps de nourrir.

Ce sont ces besoins qui, alimentés et respectés, nous permettront d'accéder à plus de sérénité et d'équilibre, et surtout à plus d'autonomie : nous apprenons à prendre soin de nous et à nous nourrir par nous-même, ce qui nous permettra progressivement de combler le vide intérieur et de développer avec autrui des rapports davantage fondés sur le désir de partage que sur le manque

Si un désir intime de transformation personnelle est fondamental pour initier le changement, il est souvent difficile de réaliser seul.e ce travail de reconnexion à soi-même.

C'est en effet un processus qui peut prendre un peu de temps, et il est utile d'être soutenu.e et guidé.e pour ne pas perdre ses objectifs de vue et se sentir avancer dans le concret, notamment grâce à un parcours thérapeutique qui proposera une aide aux différentes prises de conscience, des exercices ciblés et un soutien face à l'anxiété qui peut se manifester. 

Suite à ces différentes étapes et au terme d'un parcours d'accompagnement adapté, vous serez finalement en mesure de vivre en vous sentant complet et autonome affectivement, ce qui vous permettra de vous positionner autrement dans les relations affectives : vous développerez l'envie de donner et de recevoir sur des bases de réciprocité, et surtout la capacité de partager sans être déterminé par le besoin et le manque.

Vous avez à ce moment-là les moyens de vous auto-apaiser en cas de nécessité et êtes capable de trouver une complétude suffisante à l'intérieur de vous sans plus devoir la chercher à l'extérieur : c'est sur ces bases que vous serez en mesure de vivre des expériences relationnelles et affectives authentiques et épanouissantes préservées du risque de retomber en état de dépendance affective

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Article rédigé par : Anna Savio - Psychologue clinicienne à La Clinique E-Santé