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3 types de thérapies pour sortir de la dépendance affective

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La dépendance affective, si elle n'est pas à proprement parler une pathologie, est une source de souffrance majeure pour de nombreuses personnes.

Il s'agit d'une insécurité affective suffisamment importante pour impacter notre rapport à nous-même - l'estime de soi est dégradée - et nos relations aux autres.

Elle est associée à une vulnérabilité particulière à l'anxiété et à la dépression, et peut aussi être à l'origine de conduites addictives.

Un travail sur soi est souvent nécessaire pour s'en sortir, et être accompagné.e est important, sinon indispensable.

La psychothérapie a en effet montré son efficacité dans le traitement de la dépendance affective et différentes méthodes thérapeutiques peuvent être utilisées dans cette optique.

Nous avons retenu trois types de thérapies particulièrement adaptés, mais  la liste n'est pas exhaustive.

Bien qu'elles renvoient à des approches différentes, elles ne sont pas mutuellement exclusives et les outils qu'elles proposent peuvent être utilisés de manière combinée au sein d'une même psychothérapie.

Vous trouverez dans cet article des informations vous permettant d'y voir plus clair concernant l'accompagnement psychothérapeutique de la dépendance affective et peut-être, si vous êtes vous-même concerné.e, des pistes pour choisir la méthode qui vous semble la plus adaptée à vos besoins.

(Modif Issam) de Comment vit-on avec une blessure dabandon

La thérapie cognitive et comportementale (TCC)

La TCC aura pour but de permettre au patient de progresser du point de vue de l'autonomie affective et de développer une capacité à différer le besoin de l'autre.

Dans cette optique l'objectif est de renforcer le contrôle de soi et la maîtrise des émotions, pensées et comportements en vue de développer des relations affectives satisfaisantes.

TEST : SUIS-JE DEPENDANT AFFECTIF ?

On peut décrire les différentes phases d'une TCC en appui sur le cas de la dépendance affective. 

La première étape de la thérapie correspondra à la mise en place d'un protocole d'auto-observation permettant de mieux comprendre les mécanismes de notre fonctionnement, et de nos dysfonctionnements.

Nous n'avons habituellement pas conscience des déterminants de nos réactions (émotions, pensées, comportements) ; la TCC propose de se prendre soi-même pour objet d'étude en analysant avec le thérapeute les processus automatiques à la source de ces réactions.

On s'appuiera généralement sur une grille d'analyse fonctionnelle qui permettra de repérer avec précision les dynamiques intérieures, que ce soit dans le présent ou en lien avec des circonstances passées particulières qui peuvent permettre à nos modes de fonctionnement de se fixer.

On arrivera à une meilleure compréhension de ces dernières à travers la prise de recul et un nouveau rapport à soi : on s'observe objectivement et sans jugement

L'étape suivante correspond à la phase d'exposition.

LA CLINIQUE E-SANTÉ (11)

Il s'agira de se placer volontairement dans des situations où nous nous sentons particulièrement vulnérables au sentiment de dépendance (solitude ou séparation) et où nous ressentons le besoin d'être en lien et en contact avec la personne qui nous manque.

Les conditions de l'exercice sont fixées au préalable avec le thérapeute. L'objectif est de se laisser traverser émotionnellement par son ressenti sans le combattre ou tenter de s'y soustraire, et sans pour autant céder à notre pulsion de contact avec notre partenaire.

Le but final de ce travail est de renforcer notre maîtrise de nous-même pour augmenter notre autonomie. 

Une autre étape renvoie au travail sur nos propres cognitions, croyances et attentes.

Il sera question d'interroger nos représentations personnelles concernant notre situation affective et notre relation avec le partenaire.

On peut souligner que le manque affectif est le fruit du décalage entre nos attentes et leur satisfaction réelle.

On pourra donc par exemple travailler sur nos attentes en fonction de la réalité de la situation (possibilités du partenaire) afin de moins souffrir au quotidien ; il s'agira de construire de nouvelles représentations de nos propres attentes mais aussi de celles d'autrui afin de mieux conscientiser la réalité de la situation d'interaction et de s'y ajuster. 

Avec les TCC, on travaillera également sur nos comportements, et dans le cas de la dépendance affective il sera intéressant de se concentrer sur l'affirmation de soi, dont l'activation permet de renforcer la confiance en soi, l'estime de soi et l'amour de soi.

 Il s'agira, à travers l'affirmation de soi, d'apprendre à exprimer son identité et son intériorité et de retrouver un contact avec nous-même qui nous permette de nous respecter tout en respectant l'autre, et de lutter contre une éventuelle tendance à tout accepter, voire à se soumettre, pour maintenir la relation. 

Enfin, un autre objectif de la TCC appliquée à la dépendance affective peut être également de travailler à développer nos relations sociales dans le but de sortir d'une exclusivité relationnelle souvent dangereuse.

Se positionner dans un réseau social et affectif permet en effet de relativiser notre besoin de l'autre : en diversifiant les contacts on peut obtenir une satisfaction de nos besoins affectifs qui ne dépend pas exclusivement d'une personne, ce qui nous pousse aussi à développer notre autonomie.

TEST : SUIS-JE DEPENDANT AFFECTIF ?

La thérapie psychodynamique

La psychothérapie psychodynamique s'inspire principalement des approches psychanalytiques ; elle part du postulat que l'activité psychique n'est pas entièrement consciente et qu'elle s'incarne en particulier dans des conflits internes inconscients.

Sur la base de ce principe, on considère que les expériences infantiles nous marquent et laissent des traces souvent inconscientes qui nous influencent en tant qu'adulte et impactent notre rapport à nous-même et aux autres, en déterminant notre manière de vivre, de ressentir et de réagir à nos expériences quotidiennes.

Ces traces inconscientes peuvent être à la source de blocages développementaux et d'angoisses que l'on peut dénouer et soulager en mobilisant l'activité psychique dans le cadre d'une relation thérapeutique régulière et sécure.

À travers la parole, le thérapeute aide donc le patient à prendre conscience des mécanismes qu'il met en place pour se protéger de la souffrance, mais aussi des processus psychiques inconscients qui déterminent son fonctionnement.

Le but est bien de parvenir à la résolution des conflits intérieurs et à une transformation psychique profonde par le biais de la relation thérapeutique ; celle-ci offre l'opportunité d'agir sur ce qui a été blessé au cours de la vie relationnelle du patient et qui demande à être réparé pour permettre un meilleur fonctionnement dans le présent.

En ce sens, on peut traiter la dépendance affective par la thérapie psychodynamique en travaillant sur les causes développementales de cette insécurité affective.

Selon la perspective psychodynamique, on considérera que la dépendance affective trouve son origine dans des carences affectives passées et souvent précoces qui n'ont pas permis au narcissisme de se développer de manière optimale.

L'impossibilité de construire un amour de soi suffisant a fortement impacté le développement affectif et la personne dépendante présentera des failles majeures au niveau de son estime d'elle-même, ce qui va la pousser à rechercher au présent dans l'environnement extérieur les doses massives d'amour et la réassurance dont elle a besoin pour conserver un équilibre psychique relatif.

Il s'agira donc de faire émerger les expériences précoces et les constructions internes à l'origine du sentiment d'incomplétude et de leur donner du sens au niveau symbolique, afin que le patient puisse les conscientiser, s'en saisir, et mobiliser avec l'aide du thérapeute des ressources psychiques pour travailler à la guérison des blessures affectives.

La thérapie psychodynamique intègre également des éléments issus de théories du fonctionnement psychique postérieures à la théorie psychanalytique et dans le cas de la prise en charge d'une dépendance affective il sera aussi particulièrement intéressant de travailler autour des modalités d'attachement du patient, passées et présentes.

Il s'agira de comprendre de quelle manière les expériences relationnelles précoces ont pu impacter le fonctionnement du patient à l'âge adulte, en identifiant son style d'attachement et en observant comment il se manifeste dans le présent.

On pourra alors travailler à rétablir des liens sécures en appui sur la relation thérapeutique qui constitue en soi une réparation, à travers l'expérience qu'en fait le patient d'un lien fiable et soutenant.

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La thérapie interpersonnelle (TIP)

LA CLINIQUE E-SANTÉ (10)

Selon une approche un peu différente, le travail sur l'attachement est également au cœur de la thérapie interpersonnelle.

La TIP est une thérapie brève, structurée, composée généralement de 12 à 16 séances.

Elle a la particularité, contrairement aux deux autres types de thérapie évoquées ici, d'être non intrapsychique, c'est-à-dire qu'elle se focalise sur la dynamique des liens créés et alimentés par le patient davantage que sur les causes et les processus par lesquels ces liens existent psychiquement.

On est dans le cadre d'une thérapie pragmatique centrée sur le lien interpersonnel et sur son impact dans le présent.

Elle est aussi particulièrement indiquée pour un travail sur la dépendance affective puisqu'elle s'intéresse spécifiquement au lien et à l'attachement.

La TIP se base en effet sur les théories de l'attachement qui s'intéressent à la qualité des premières relations affectives de l'enfant avec son/ses donneur.s de soin.

Ces premiers liens auront des conséquences sur le fonctionnement relationnel de l'adulte et la thérapie visera avant tout à restaurer des relations interpersonnelles sécures pour le patient, ce qui aura un effet curatif immédiat.

La problématique de la dépendance affective se traitera en TIP à partir de la question des besoins de chacun des partenaires qui demandent à être assouvis dans la vie du couple.

Nicolas Neveux précise que « la dépendance affective apparaît dans le modèle TIP lorsque les besoins mis en jeu par l’un des partenaires ne trouvent pas d’écho suffisant chez l'autre, notamment si les besoins sont inadaptés ou les attentes trop élevées. ».

On s'intéressera donc à l'évolution des besoins des deux partenaires au cours de la relation.

Selon l'un des schémas classique de la dépendance affective, la personne dépendante va chercher à tout prix à maintenir la relation afin de ne pas être confrontée à la perte de l'autre ; dans ce but elle va tenter de répondre aussi bien que possible à la totalité des besoins de son partenaire et sacrifier une partie de ses propres besoins.

On risque donc d'observer le développement d'un déséquilibre dans la relation avec d'une part l'augmentation des besoins du partenaire à qui aucune limite n'est imposée (prise de pouvoir) et d'autre part la souffrance de la personne dépendante qui voit ses besoins non nourris.

Dans ce contexte, l'enjeu de la TIP sera d'aider le patient à identifier ses besoins et ses attentes dans la relation, à les verbaliser clairement à son partenaire, à s'assurer que le partenaire est disposé à prendre en compte les besoins du patient et enfin à faire respecter les (nouvelles) règles de la relation qui en découlent.

Différentes techniques sont à la disposition du thérapeute pour faire avancer son patient sur les problématiques immédiates qui le concernent.

Dans le cas d'une dépendance affective, l'analyse du lien et de la communication seront les plus adaptées : 

  • L'analyse du lien permet de travailler sur les règles implicites de la relation, les besoins et les attentes concrètes de chacun des partenaires (selon le patient), et enfin la disponibilité de chacun pour répondre aux attentes de l'autre.

  • L’analyse de la communication permet quant à elle de travailler le signalement des besoins à l'autre de manière sécure : le patient est amené à prendre conscience des messages qu’il renvoie et de la disponibilité de son interlocuteur. Le but est d'éviter que la communication ait pour seul objectif de se vider d'une émotion débordante sans tenir compte de la manière dont les choses sont exprimées.

Il s'agira grâce à ces outils de permettre au patient d'observer objectivement son mode de fonctionnement et celui de son partenaire, afin d'en conscientiser l'impact sur la qualité de la relation et de réajuster son positionnement

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POUR CONCLURE

Ces trois types de thérapies renvoient à des approches fondamentalement différentes qui permettent toutes de traiter la dépendance affective : elles offrent trois manières de se saisir du problème en se centrant de manière prioritaire sur le travail du symptôme et/ou sur ses causes développementales.

Il appartient à chacun de sentir parmi la diversité des thérapies existantes quelle méthode lui permettrait d'avancer de la manière la plus juste pour lui, et quels outils lui semblent les plus appropriés à son fonctionnement.

N'hésitez pas à vous adresser à un professionnel qui saura vous guider.

TEST : SUIS-JE DEPENDANT AFFECTIF ?


Article rédigé par : Anna Savio - Psychologue clinicienne à La Clinique E-Santé