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6 Preuves d'une dépendance affective dans votre couple

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La dépendance affective est principalement connue comme l'expression du trouble de la personnalité dépendante ; dans le couple, celui-ci se définit par une grande peur de la séparation et du rejet, incitant les personnes à se soumettre aux désirs de leur partenaire afin de ne pas risquer la rupture, et ce au détriment de leurs propres envies et besoins.

La dépendance affective est pourtant un phénomène qui ne se réduit pas à ce trouble et dont les formes d'expression sont multiples. Dans le cadre du couple, elle doit être considérée comme un système relationnel avant d'être une caractéristique individuelle : elle concerne deux individus en interaction, confrontés à des difficultés relationnelles et qui cherchent leur équilibre, parfois jusqu'à adopter des postures toxiques, ou pathologiques.

En effet la dépendance affective demande souvent à être traitée en profondeur et n'est pas sans conséquence pour le couple. Si ses manifestations peuvent concerner un seul des partenaires ou les deux (relation fusionnelle), il faut garder à l'esprit que la dépendance affective renvoie à des dynamiques d'interaction dysfonctionnelles qui pousseront chacun à s'adapter à l'autre, parfois pour le pire.

Si vous avez des doutes concernant l'équilibre de votre propre relation amoureuse, vous trouverez dans cet article les signes principaux permettant de reconnaître la présence de la dépendance affective dans le couple.

L'incapacité à être seul.E

L'une des principales caractéristiques de la dépendance affective est la difficulté personnelle à affronter la solitude, qui va se manifester dès que l'autre s'absente même pour un bref moment.

Lorsque l'on est dépendant.e affectif.ve, il nous est en effet difficile de considérer que notre existence propre a de la valeur et du sens indépendamment de l'autre ; cela se traduit par une impression de vide, voire d'abandon, qui s'accompagne d'une difficulté ou d'une incapacité à mener des activités par et pour soi-même.

Il y a une perte de sens, et l'on peut avoir le sentiment que rien n'a d'importance si ce n'est partagé dans le cadre de la relation. Les activités personnelles de chacun des partenaires deviennent donc source de souffrance et/ou de conflit dans le couple, puisque l'on tend à la fusion en permanence.

Ce n'est pourtant pas nécessairement la relation en tant que telle qui est recherchée, au sens d'un partage et d'un échange, mais bien le fait d'être rassuré.e sur la présence de l'autre et de couper court au sentiment d'abandon.

Le besoin d'amour et de réassurance est si fort que la solitude ouvre une brèche insupportable : elle nous ramène à un sentiment de vide intérieur, qu'il est dans certains cas impératif de combler par des comportements compulsifs renvoyant aux mécanismes de l'addiction.

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C'est de ça dont il s'agit avec la dépendance affective : on cherche à être comblé.e par son environnement sans parvenir à trouver la sécurité intérieure suffisante pour évoluer seul.e, sans béquilles.

Dans le cadre du couple, l'autre est la béquille sans laquelle on ne peut plus tenir debout et sa présence est nécessaire à chaque instant : dans un tel contexte, il est davantage question de besoin que d'amour. 

Le besoin de validation de l'autre

Un autre signe majeur de dépendance affective dans le couple est le besoin que nous ressentons de voir nos conduites, actions et prises de décisions systématiquement validées par l'autre.

Ce mode de fonctionnement contribue évidemment à court-circuiter toute prise d'initiative personnelle. Nous avons le sentiment que notre propre jugement n'a pas la valeur suffisante pour initier une action ou un projet, y compris lorsque ceux-ci nous appartiennent en propre (intimité, entourage, travail...) ; nous ne sommes rassurés que lorsque nous avons l'aval de notre partenaire.

À l'origine de ce besoin on retrouve le manque de confiance en soi, qui impactera d'autres aspects de la vie à deux. Le risque de cette recherche de validation permanente est bien, à terme, de s'oublier en perdant de vue nos propres désirs et besoins, ceux qui nous caractérisent véritablement.

En effet, nous avons tendance dans ce processus à nous décharger de toute responsabilité. L'avis de l'autre importe plus que nos propres ressentis, qui à force de ne pas être pris en compte, voire d'être niés, finissent par devenir de plus en plus indiscernables, ou par ne plus s'exprimer du tout.

Ce besoin de validation peut se manifester dans les choses les plus simples et les plus quotidiennes, avec la difficulté pour la personne dépendante affective de prendre des décisions par et pour elle-même.

Cette dernière préférera tout déléguer à son/sa partenaire, lui donnant l'entière responsabilité de la relation. C'est bien sûr un jeu dangereux susceptible de favoriser des développements toxiques dans la relation : lorsqu'elle est à ce point déséquilibrée, tout est en place pour une éventuelle prise de pouvoir de la part du partenaire. 

L'autre en perfusion continue

Dès que les partenaires sont séparés, la nécessité de maintenir le lien se fait sentir. On ressentira une souffrance proche de l'état de manque, accompagnée d'un besoin irrépressible de contact avec l'autre.

Les outils de communication permettent de faire durer le lien et de tromper l'absence : par message écrit, par téléphone voire en visio, il est aujourd'hui possible de rester connecté à l'autre presque en permanence.

Ce mode de fonctionnement peut cependant s'avérer dangereux. L'indépendance des partenaires n'existe plus, et la moindre indisponibilité sera vécue comme un déchirement, interprétée comme un manque d'implication, et éventuellement reprochée à l'autre.

Le manque de l'autre, nécessaire à toute relation, ne peut plus véritablement trouver sa place : la fusion caractérise la relation et il devient de plus en plus difficile d'exister comme individu à part entière, ce qui peut être très destructeur du point de vue psychique et favoriser des passages à l'acte radicaux en cas de conflit.

Il n'y a plus de différenciation entre les partenaires ce qui empêche la prise de recul et peut donner l'impression que la violence, psychologique ou physique, est la seule issue pour protéger son intégrité. 

Test : Êtes-vous en dépendance affective ?

 

la peur du désaccord

Les relations humaines sont caractérisées par la mise en commun. Chacun apporte quelque chose dans la relation en vue de faire de la rencontre un espace de partage.

Cette dynamique est porteuse de grandes possibilités d'échange, mais aussi de confrontation. Dans une relation saine, on admet que notre avis puisse différer de celui d'autrui.

On peut tenter mutuellement de se convaincre, mais on est aussi en mesure d'accepter la divergence de points de vue. C'est ce qui va manquer dans le cadre de certains types de relations fondées sur la dépendance affective.

Au même titre que l'on ne peut pas se séparer de son partenaire, on n'acceptera pas la distance psychique qui émerge d'un désaccord ou d'une différence d'opinion.

Le fonctionnement qui prévaut peut se résumer par cette maxime : « si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi » : on retrouve ce besoin d'entente parfaite dans certains couples dysfonctionnels dont les partenaires ne se sentent finalement pas suffisamment solides pour intégrer la différence de l'autre, susceptible de s'exprimer via des prises de positions individuelles distinctes de celles du partenaire.

Dans ces couples, jamais on n'entendra un mot plus haut que l'autre et le conflit sera soigneusement évité pour conserver l'illusion d'une entente parfaite.

C'est bien la peur du désaccord qui est à l'origine de ce mode de fonctionnement : la relation est inconsciemment perçue comme trop fragile pour pouvoir supporter la confrontation et un éventuel désaccord, qui serait comme un constat d'échec.

UNE jalousie irrationnelle

Une jalousie incontrôlable et sans objet est également caractéristique d'une relation fondée sur la dépendance affective.

Si l'on ressent une inquiétude dès que l'autre s'absente, avec la peur qu'il puisse créer une connexion plus enrichissante avec une autre personne, la jalousie peut caractériser les rapports même en présence de l'autre. Le moindre regard sera interprété comme coupable, on prêtera à l'autre des pensées de tromperie... Il n'y a pas de limite à la jalousie pathologique.

Ce qui se manifeste ici c'est en réalité notre besoin de contrôle. Nous n'admettons pas que notre partenaire ait une vie psychique à lui, caractérisée par des désirs qui lui sont propres et qui nous échappent ; c'est une fois encore la tendance à la fusion qui se manifeste et à travers elle, la recherche inconsciente d'indifférenciation.

Nous voudrions ne faire plus qu'un, afin que disparaisse toute possibilité de séparation. C'est bien sûr prendre un gros risque que de laisser s'installer la jalousie dans le couple.

Elle renvoie davantage à la possessivité qu'à l'amour, et c'est bien notre manque de confiance, d'estime et d'amour de soi qui se manifeste à travers elle. Elle signifie que nous ne nous sentons pas dignes de la relation et de l'amour de l'autre, puisque nous craignons à chaque instant qu'il se détourne de nous.

Or nous aurons tendance à créer les conditions favorables à ce que nous redoutons le plus : la jalousie pathologique use psychiquement le/la partenaire dans le cadre d'un véritable processus de harcèlement, difficilement tenable sur la durée.

Si la rupture peut se révéler être le seul moyen pour mettre fin à une situation insoutenable pour les deux partenaires, la dépendance mutuelle contribue souvent à exclure cette éventualité : la jalousie pathologique devient alors le terreau fertile pour des conflits extrêmes, voire pour manifestations pulsionnelles de violence à l'encontre du partenaire.

 

le sauveur, la victime et le bourreau

La dépendance affective nous pousse souvent à endosser des rôles vis-à-vis d'autrui qui nous permettent de garder le contrôle de manière socialement acceptable. Ce sont les rôles de Sauveur, Victime et Persécuteur, présenté par Karpman comme le triangle dramatique de la dépendance affective.

Dans le cadre du couple, de multiples combinaisons sont possibles. Les Victimes se positionnent comme inférieures et inaptes, demandent du soutien de manière quasi permanente et laissent à l'autre la responsabilité des prises de décisions.

Elles sont souvent face à un Sauveur, dont le rôle auto-attribué est de prendre soin d'autrui, mais de manière contrôlante et étouffante, « en empêchant [les autres] de prendre leurs propres décisions ou de trouver leur propre voie ».

Enfin le Persécuteur (ou Bourreau) aura tendance à libérer ses pulsions agressives : il domine, critique et harcèle la Victime... qui se retrouvera en bonne position pour se victimiser davantage.

Notons qu'il s'agit d'un véritable jeu de rôle inconscient dans lequel les positions évoluent et peuvent être échangées. Il est par exemple très facile de passer du rôle de Sauveur à celui de Victime, voire de Bourreau, dès lors qu'on a l'impression d'avoir trop donné et d'avoir malmené ses propres désirs et besoins.

C'est dans ce contexte que les relations d'un couple sujet à la dépendance affective peuvent rapidement devenir sinon pathologiques, au moins conflictuelles

les dangers de la dépendance affective dans le couple

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Le problème des relations de couples dysfonctionnelles fondées sur la dépendance affective est souvent la grande capacité de sur-adaptation des partenaires : nous avons tous en nous un terrain fusionnel qui peut se révéler au contact d'une personne dépendante affective ; il est donc possible de perdre beaucoup dans une relation que nous souhaitons pourtant harmonieuse, parce que nous aurons développé des comportements destructeurs pour répondre à la dépendance affective dans le couple.

Celle-ci n'est jamais une base saine pour la relation amoureuse, qui suppose d'avoir une intériorité suffisamment affirmée et assumée pour apporter à l'autre le cadeau de notre différence, mais aussi de notre intégrité : dès lors que notre liberté d'être est menacée par la relation, nous devons réagir.

En effet, la dépendance affective dans le couple aura souvent des conséquences désastreuses. 

La violence est malheureusement souvent associée à la dépendance affective, et ce dans de multiples cas de figure.

Si la dépendance affective crée en effet fréquemment des relations asymétriques et des rapports de pouvoir qui ouvrent à la violence, elle est aussi à la source de dynamiques relationnelles destructrices qui peuvent se résoudre via le passage à l'acte.

On peut souffrir d'une sensation d'enfermement qui devient insupportable tout en étant soi-même partie prenante d'un processus de repli du couple sur lui-même : le problème est bien que l'on ne sait pas comment fonctionner autrement à deux.

Il est aussi fréquent, lorsqu'on est dépendant.e affectif.ve, d'attirer à nous des personnes potentiellement toxiques qui vont profiter de notre vulnérabilité pour tenter de prendre le pouvoir et dégrader un peu plus une estime de soi déjà blessée.

De manière plus générale, la dépendance affective est rarement sans conséquence pour le couple et est toujours, à plus ou moins long terme, source d'une grande souffrance pour ceux qui la subissent.

Si vous pensez être vous-même sujet.te à la dépendance affective, il est important d'accepter de demander de l'aide et de vous faire accompagner pour travailler à un meilleur rapport à vous-même, qui vous permettra de développer une meilleure relation aux autres.

La prise de conscience de vos difficultés est un premier pas capital et vous trouverez sur ce blog différentes ressources dans cette optique. La dépendance affective se soigne et se guérit grâce à un travail en psychothérapie. Notre équipe de psychologues est là pour vous aider, n'hésitez pas à nous solliciter.

La dépendance affective est un trouble qui peut vous faire souffrir une vie entière, mais qui peut se soigner efficacement. Découvrez 4 clés pour sortir de la dépendance affective dans notre guide E-Santé gratuit :

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Article rédigé par : Anna Savio - Psychologue clinicienne à la clinique E-santé

1. C. Steiner, L'ABC des Emotions, Développer son intelligence émotionnelle, Interéditions, 1998