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5 étapes pour se reconstruire après un pervers narcissique

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Une relation avec un pervers narcissique est extrêmement destructrice du point de vue psychique. 

Rappelons que le pervers narcissique est un type de personnalité pathologique qui s'épanouit à travers la négation d'autrui et, dans le cas de la relation de couple, la dégradation de son/sa partenaire

Quand on trouve finalement les ressources et la force pour s'en émanciper et quitter un conjoint toxique, c'est une véritable renaissance qui se profile. 

Cependant, pour pleinement profiter d'une liberté et d'une sérénité retrouvées, il y a des étapes par lesquelles la victime pourra être amenée à passer pour se reconstruire. 

Pour autant,  il n'y a pas de marche à suivre : vous seul.e êtes juge de ce dont vous avez le plus besoin dans l'immédiat

La fin d'une relation toxique nous laisse en effet très fragilisés psychiquement et il est avant tout nécessaire de s'écouter et de prendre soin de soi pour se remettre du vécu traumatique et retrouver un équilibre

Test : Êtes-vous sous emprise ?

Vous trouverez ici quelques outils qui pourront vous aider à panser vos plaies en conscience et à réapprendre à vivre libéré.e de l'emprise.

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1. SE RECONNAÎTRE VICTIME

Le début du chemin peut être un peu inconfortable mais sera pourtant utile pour vous reconstruire sur des bases saines. 

Si vous avez pu vous sentir victime du pervers narcissique dans les moments les plus difficiles de la relation, c'est bien souvent parce que vous y étiez forcé.e par votre souffrance et votre sentiment d'impuissance

En temps normal, on a en effet tendance à repousser l'idée selon laquelle nous pouvons être blessés, voire détruits, par quelque chose qui échappe à notre contrôle.

Il est cependant important dans l'après-coup de se reconnaître et de s'accepter comme ayant été victime d'une épreuve majeure, en l'occurrence d'une personne toxique.

Il ne s'agit pas de cultiver l'impuissance ou de se plaindre à outrance mais bien de reconnaître ce qui nous est arrivé pour pouvoir dans un second temps le dépasser et avancer

Autrement dit, pour vivre pleinement une reconstruction qui sera comme une renaissance, nous devons d'abord accepter d'être tombé et de s'être fait mal : la priorité est de panser nos blessures

Une personne toxique a pu vous blesser parce qu'en tant qu'humain vous avez des failles et êtes vulnérable, et c'est normal ; le sentiment de toute-puissance est rarement un signe de bonne santé psychique.

Certaines personnes au tempérament volontaire auront tendance à vivre leur propre vulnérabilité comme un échec source de honte et de culpabilité

C'est aussi ce que l'on peut ressentir lorsqu'on a été abusé, puisque nos fragilités ont donné une prise à la violence et dans ce cas précis à la violence psychologique du pervers narcissique. 

Or si se confronter à ses propres fragilités est souvent douloureux, il est pourtant fondamental de parvenir à accepter leur existence et la réalité d'une situation d'abus psychologique dont nous avons été victimes. 

La reconnaissance intime de nos fragilités nous permettra de les soigner, et la reconnaissance de notre statut de victime nous situe (paradoxalement) dans la responsabilité émotionnelle : nous assumons qui nous sommes à ce jour et ce que nous avons vécu, ce qui nous a construits et ce qui nous a détruits.

Bien sûr, s'arrêter sur ses blessures n'est que le début d'un chemin dont l'objectif est de développer nos ressources et nos forces pour mieux vivre au quotidien et se préserver de toute possibilité d'être à nouveau engagé dans une relation toxique.

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2. SOIGNER SON ÉGO

Les fragilités dont nous venons de parler et que nous devons reconnaître sont très souvent des blessures d'ego, c'est-à-dire des blessures narcissiques qui touchent l'amour de soi, l'estime de soi et/ou la confiance en soi.

Le narcissisme est en effet à la base du fonctionnement individuel, notamment en ce qui concerne les relations.

Nous avons tendance à attendre que l'autre nous comble là où nous ne nous aimons pas assez (amour de soi), qu'il nous fasse nous sentir désirables quand nous ne sommes pas persuadés de l'être (estime de soi), qu'il nous rassure à l'endroit où nous sommes insécure (confiance en soi). 

LA CLINIQUE E-SANTÉ-19

Les blessures narcissiques sont aussi au fondement de la dépendance affective : quand l'amour de soi est trop peu présent, nous avons un besoin excessif de l'autre, de sa présence, de son soutien, de ses preuves d'affection, ce qui peut nous conduire à nous oublier pour répondre à ses attentes : tout est acceptable pour ne pas perdre la relation

Or il est fréquent que l'on retrouve des fonctionnements liés à la dépendance affective dans le cadre des relations toxiques : c'est en général ce qui leur permet de durer, envers et contre tout.

Ce sont donc des blessures sur lesquelles il est important de travailler si l'on veut éviter de vivre de nouveau une situation amoureuse inconfortable, voire insupportable.

Le pervers narcissique sait jouer des failles narcissiques de sa victime, et bien souvent il a eu tout le temps nécessaire au cours de la relation pour détruire l'estime de soi de son/sa partenaire, à force de négation de l'autre et de dévalorisation systématique.

Les blessures narcissiques doivent donc être idéalement repérées et un processus psychothérapeutique mis en place afin de travailler à une revalorisation narcissique.

Il peut s'agir d'identifier et de modifier, via une interaction ciblée avec le thérapeute, les schémas selon lesquels nous ne sommes pas à la hauteur de nos propres représentations idéales, et/ou de chercher à conscientiser les causes profondes et souvent anciennes de nos blessures d'ego. 

Quoi qu'il en soit, l'objectif est le même : restaurer l'estime de soi et la confiance en soi souvent gravement endommagées par la relation avec le pervers narcissique. 

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3. OSER DÉSIRER

Le processus d'emprise de la relation toxique nous transforme en objet au service de l'autre et nous coupe littéralement du sentiment de notre existence subjective.

A force d'être nié dans notre intégrité, nous perdons la notion de notre identité propre et notre capacité à désirer par et pour nous-même ; nous n'existons plus qu'à travers le regard de l'autre et n'avons pas d'autre choix que de nous ajuster à ses attentes.

Un processus similaire est à l’œuvre dans le cadre de la dépendance affective où nous aurons tendance à faire passer nos propres besoins au second plan, dans le but de préserver à tout prix la relation et l'amour de l'autre.

Or ces deux mécanismes se recoupent et agissent souvent ensemble dans le cadre d'une relation toxique : notre identité et nos désirs sont niés pour laisser toute la place à l'autre, qui en retour nous façonne selon ses propres désirs.

Il y a là une perte fondamentale de notre sens de l'identité : nous nous retrouvons en quelque sorte branchés en circuit fermé sur le système de valeurs de l'autre et ne sommes plus du tout connectés à ce qui nous traverse, en dehors de la peur de perdre notre conjoint et/ou de lui déplaire.

L'enjeu du processus de reconstruction est donc de réapprendre à s'écouter et à se faire suffisamment confiance pour laisser nos besoins et nos désirs propres s'exprimer de nouveau. 

Il peut s'agir de choses toutes simples du quotidien, mais il est fondamental de se reconnecter progressivement à soi-même en cultivant notre sensibilité personnelle

Pour cela il faut avant tout reconnaître que nous avons en nous des choses qui méritent d'être exprimées et respectées ; cela peut sembler une évidence mais les dommages narcissiques suite à une relation toxique peuvent être tels que nous avons oublié comment fonctionner en lien avec nous-même.

Il s'agit d'être à nouveau en mesure de formuler des désirs qui n'appartiennent qu'à nous. Développer la disponibilité à soi-même peut devenir une pratique quotidienne. 

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Concrètement, prenez simplement le temps de vous demander : « qu'est-ce que je ressens au présent ? », «  de quoi ai-je envie maintenant ? », « quels sont aujourd'hui mes besoins fondamentaux  ? ». 

Progressivement, vous intérioriserez le sentiment de votre légitimité, renforcerez votre conscience de vous-même, et apprendrez à ajuster vos actions de manière à être en phase non plus avec les attentes d'autrui mais avec vos propres désirs et aspirations.

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4. RÉAPPRENDRE À COMMUNIQUER

S'il est nécessaire de réapprendre à se connecter à soi-même, il peut également être utile de développer des modes de communication avec autrui qui vous aident à sortir du schéma relationnel toxique, fondé sur le rapport de prédation mais aussi sur la tendance à réagir de manière immédiate et pulsionnelle à la stimulation.

Tout juste sortis de la relation toxique, nous avons tendance à être abîmé dans notre rapport à l'autre : nous avons fonctionné un temps plus ou moins long sur le mode de la violence psychologique et du rapport de pouvoir, et il peut être difficile par la suite de nous positionner sereinement dans une relation avec autrui, sans craindre d'être attaqué, blessé ou abusé et sans mobiliser de défenses trop massives dans l'interaction.

Or, la manière dont nous communiquons a une influence directe sur notre mode de fonctionnement interne.

Plus précisément, si nous apprenons à maîtriser un mode de communication sain, nous serons aussi en sécurité du point de vue cognitif et psychique : pas de place ici pour les sous-entendus sournois ou la manipulation, l'objectif est de communiquer en transparence en posant ses limites, en respectant l'autre et en attendant de l'interlocuteur qu'il fasse de même

La communication non violente (CNV) est une méthode qui peut permettre d'atteindre cet objectif.

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Fondée dans les années 1970 par Marshall B. Rosenberg, elle vise à créer entre les êtres humains des relations fondées sur l’empathie, la compassion, la coopération harmonieuse et le respect de soi et des autres

Cette méthode permet de se connecter à nos sentiments et à nos besoins, mais aussi de prendre du recul vis-à-vis de nos émotions, de manière à n'exprimer à l'autre que notre ressenti profond indépendamment des interprétations subjectives et des projections qui peuvent y être associées de manière automatique. 

L'objectif est de clarifier autant que possible ce ressenti afin de pouvoir communiquer à l'autre quel est notre besoin fondamental concernant la situation présente (sur lequel l'interlocuteur peut agir) en laissant de côté tout ce qui est de l'ordre du reproche et/ou du jugement de valeur. 

Cette méthode peut également se révéler utile dans la gestion de conflits.

On peut noter que sa seule limite réside dans le fait qu'elle implique pour les interlocuteurs de pouvoir manifester un minimum d'empathie, mais aussi et surtout la capacité de se remettre en question au profit de la résolution de la situation. 

Quoi qu'il en soit, la communication non violente (Ressource : ouvrage de Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)) peut véritablement vous permettre, par une pratique régulière, de rompre radicalement avec des modes de fonctionnement que vous avez pu connaître dans la relation toxique. 

Cette méthode peut aussi et surtout vous permettre de (re)découvrir et de vivre un mode de relation entièrement différent, fondé sur l'écoute, la bienveillance et l'empathie.

L'avantage de toute méthode thérapeutique ou de communication est d'offrir une ligne de conduite claire permettant de structurer son comportement selon le but recherché

Cependant, avec ou sans méthode adaptée, l'important est bien de vous attacher à rompre avec les habitudes comportementales (notamment de communication) toxiques que vous avez pu intérioriser au contact de votre ex-partenaire. 

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5. APPRIVOISER LE CHANGEMENT

A la suite d'une épreuve destructrice ou d'un traumatisme, notre psychisme se retrouve affaibli et nous pouvons nous sentir incapable d'envisager la possibilité d'une reconstruction personnelle.

Pour autant, vous devez vous souvenir qu'à court, moyen ou plus long terme nous avons le pouvoir de réparer jusqu'à nos propres fondations fragilisées et ébranlées par la relation toxique, mais aussi de mettre en place de nouveaux modes de fonctionnement nous permettant de continuer à avancer harmonieusement.

Ferenzci nous dit en effet que suite à un traumatisme, « la partie non détruite du moi s'empresse de construire, à partir des fragments préservés, une nouvelle personnalité (mais qui porte sur soi les traces de lutte...)». 

On peut parler de résilience pour désigner cette capacité non pas à retrouver un état initial mais bien à se reconstruire après un choc, même si le voyage peut être long, demande un travail interne et des efforts de remise en question.

Boris Cyrulnik à identifié quelques facteurs de résilience parmi lesquels l'acquisition de ressources internes, les rencontres, les possibilités de parole et d'action, la capacité de mettre du sens sur ce qui nous arrive, l'amour propre, le sens de l'humour... 

LA CLINIQUE E-SANTÉ-20

Comme on l'a vu, il peut s'avérer utile de se faire accompagner par un psychologue et/ou un psychothérapeute qui puisse nous aider à identifier et à soigner nos blessures, mais la priorité est bien de s'offrir les opportunités de s'ouvrir progressivement aux autres et de se redécouvrir, voire de se redéfinir, à travers des relations saines et bienveillantes.

En effet, de ce processus de reconstruction dont nous avons tracé les grandes lignes dans cet article, vous émergerez nouveau.elle et grandi.e ; c'est en ce sens qu'on peut parler de renaissance

Ayant appris de votre expérience traumatique ainsi que des étapes même du processus de guérison de vos blessures, vous vous découvrirez plus fort.e, plus mature, plus aguerri.e, avec une meilleure connaissance de vous-même et de votre fonctionnement

Vous pourrez alors pleinement intégrer ce traumatisme comme appartenant au passé, mais aussi comme une expérience qui a contribué à faire de vous qui vous êtes désormais. 

Vous êtes libéré.e de l'emprise et la route qui s'ouvre à vous vous conduira vers le meilleur ; tournez-vous autant que possible vers l'extérieur afin d'obtenir le soutien nécessaire pour pouvoir avancer à votre rythme et en confiance.

Les psychologues de la Clinique E-Santé sont disponibles pour vous écouter et vous accompagner, n'hésitez pas à nous solliciter. 

Test : Êtes-vous sous emprise ?

Article rédigé par : Anna Savio - Psychologue clinicienne à La Clinique E-Santé