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Guérir un pervers narcissique : pourquoi c'est impossible

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Le concept du pervers narcissique a été fondé par le psychiatre Paul-Claude Racamier dès 1978 ; celui-ci affirmait alors qu' « il n’y a rien à attendre de la fréquentation des pervers narcissiques, on peut seulement espérer s’en sortir indemne ».

La notion a par la suite été développée et retravaillée par de nombreux auteurs, psychologues, psychiatres et psychothérapeutes.

Elle constitue aujourd'hui une vaste catégorie permettant de désigner ceux ou celles dont le comportement dans la relation est source de souffrance pour leur entourage et qui semblent inaccessibles à l'empathie la plus élémentaire.

Séduction, jouissance dans la souffrance d'autrui, manipulation, violence verbale et parfois physique, ces traits dessinent le portrait d'un prédateur redouté, apparemment voué à la destruction de l'autre.

Nous essaierons ici de clarifier la notion de perversion narcissique et de comprendre pourquoi il est très difficile, voire impossible, de mettre en œuvre un processus de transformation et d'évolution thérapeutique avec un authentique pervers narcissique.

On ne peut guérir que ce que l'on accepte d'ouvrir au changement, et c'est ce qui fait défaut ici : le pervers narcissique se nourrit en dévorant autrui, consomme le narcissisme de sa proie et ne peut survivre autrement.

Il peut être très douloureux d'accepter de renoncer à l'autre, notamment dans le cadre une relation intime, mais l'enjeu pour la victime du pervers narcissique est véritablement sa propre survie psychique.

Les conséquences d'une relation abusive de cet ordre sont psychologiquement lourdes et constituent un traumatisme important. L'impératif pour les victimes est donc de se libérer de l'emprise et d'être accompagné dans un processus de reconstruction personnelle.

 la perversion narcissique : de quoi parle-t'on ?

définition d'un manipulateur narcissique

Le narcissisme est un élément fondamental de la personnalité, qui se développe particulièrement au cours de l'enfance et de l'adolescence, au gré de nos expériences affectives et sociales.

A la source de l'estime de soi et de la confiance en soi, un narcissisme sain permet de bien vivre avec soi-même et les autres, de concevoir que chaque humain est constitué de qualités et de défauts, que nous sommes tous faillibles et en même temps porteurs de ressources.

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Un narcissisme « en bonne santé » permet en somme d'évoluer dans le respect de soi et d'autrui, sans dévaloriser ni idéaliser à l'excès sa propre personne ou celle des autres. Nous avons tous cependant des failles narcissiques, plus ou moins importantes.

Ces failles, lorsqu'elles sont mineures, renvoient à la possibilité de douter de soi, de perdre confiance, dans des circonstances ou à des moments de vie particuliers. Lorsqu'elles sont majeures, elles impactent notre sentiment intime d'avoir de la valeur et peuvent mener à une auto-dévalorisation profonde, douloureuse et socialement handicapante.

Enfin, lorsqu'elles sont exceptionnellement massives, on parle de pathologies du narcissisme et notamment du trouble de la personnalité narcissique. Il s'agit d'un stade ultime où l'individu est absolument incapable d'intégrer consciemment sa fragilité narcissique fondamentale.

Il développe donc dès son plus jeune âge une vision grandiose de lui même lui permettant de continuer à avancer sans s'effondrer.

Si toutes les personnes porteuse d'un trouble de la personnalité narcissique ne sont pas des pervers narcissiques authentiques, ce trouble constitue la base de la personnalité du pervers narcissique ; ce sont des personnes souvent arrogantes et ayant un besoin massif d'être admirées, avec une vision grandiose de leur propre importance et de leur capacités.

Le succès et le pouvoir sont particulièrement fantasmés et recherchés. Elles ont tendance à penser que tout leur est dû et utilisent autrui pour parvenir à leurs fins. Le trouble de la personnalité narcissique est aussi caractérisé par un manque d'empathie : la personne n'est que rarement en mesure de reconnaître et de partager les sentiments et les besoins des autres.

C'est sur ces bases que la perversion peut venir se greffer et c'est dans ce cas là que l'on parlera de pervers narcissique. La caractéristique du pervers narcissique est son besoin de se faire du bien en faisant du mal à autrui, et notamment en dévalorisant l'autre.

On parle de perversion morale au sens où le plaisir se prend au détriment de l'autre, dans sa gêne, sa confusion, sa souffrance. Le pervers narcissique a fondamentalement besoin de dégrader l'autre pour se sentir exister au niveau de son propre narcissisme.

Il faut comprendre qu'on parle ici d'un mode de fonctionnement qui, même si il est particulièrement cruel en plus d'être conscient, n'est pourtant pas à proprement parler un choix : le pervers narcissique n'a simplement pas d'autre moyen à sa disposition pour vivre la relation.

Les personnes au narcissisme fragile peuvent être sujettes à la dépression, mais dans le cas du pervers narcissique, la position dépressive n'est pas accessible parce qu'il n'est pas suffisamment construit psychiquement pour la vivre.

Sa seule protection contre l'effondrement et la chute dans la « folie » (décompensation psychotique) réside dans la constitution progressive d'une personnalité pathologique, où l'empathie n'existe pas et ou la dégradation de l'autre est le seul moyen pour (sur)vivre psychiquement.

Comment fonctionne le pervers narcissique ?

La personnalité destructrice du pervers narcissique s'est structurée de manière à ne pas ressentir le moindre sentiment vrai, susceptible de mettre en péril son existence psychique même.

L'amour, la compassion, la tendresse lui sont inconnues puisque ces émotions impliquent de s'abandonner partiellement à l'autre. Or pour le pervers narcissique, tout doit être sous contrôle, et sous son contrôle.

De la même manière, le respect ne peut exister puisque cela impliquerait de considérer l'autre comme ayant une valeur, une identité propre, un narcissisme à lui. Le pervers narcissique ne peut considérer l'autre dans son intégrité et sa différence, puisque l'autre n'est qu'un outil au service de son propre narcissime.

Deux mécanismes principaux sont utilisés par ce type de personnalité pour perdurer et se développer. D'abord, le clivage, qui lui permet de se percevoir comme admirable et grandiose, sans jamais se remettre en question.

Le pervers narcissique a conscience du bien et du mal, mais il n'est pas suffisamment solide pour intégrer en lui-même ses propres aspects négatifs et a besoin de se percevoir de manière idéale.

Il va donc parvenir à dénier ses torts, ses défauts, ses fragilités et à les projeter sur autrui à l'aide du second mécanisme : l'identification projective. Ainsi, selon sa conception, il est lui-même parfait, essentiellement bon, et tout ce qu'il peut contenir de mauvais, il va l'attribuer à l'autre.

La honte et la culpabilité qu'il provoque ainsi chez sa victime nourrissent un sentiment de bien-être en lui permettant de se sentir irréprochable et puissant, puisque c'est l'autre qui souffre d'un mal dont il s'est déchargé sur lui.

Encore une fois, il est fondamental de comprendre que le pervers narcissique ne connaît d'autre mode de fonctionnement que cette destruction minutieuse et progressive d'autrui.

Il a conscience du mal qu'il fait, en jouit, et en même temps croit sincèrement à sa légitimité, par l'effet du déni et de l'absence d'empathie. Pas de remord ou de culpabilité de son côté, il laisse cela aux autres ! Ajoutons à cela que le pervers narcissique est un prédateur habile.

Grand séducteur, souvent charismatique, il sait reconnaître les failles au niveau de l'estime de soi d'autrui. Subir l'humiliation est sa véritable terreur, son point faible, et il s'en protège scrupuleusement en la faisant vivre aux autres.

Pour cela, le langage est son champ d'action privilégié, il manipule les mots et les idées, utilise le paradoxe de manière à semer le doute, la confusion et empêcher la prise de conscience et de recul chez sa victime.

La séduction et la manipulation permettent à l'emprise de s'installer. C'est aussi pour cette raison que le pervers narcissique aura tendance à isoler sa proie, à consciencieusement la couper de son entourage, pour la rendre plus malléable et la mettre à sa merci.

Tous les moyens sont bons pour assujettir l'autre, le priver de son autonomie psychique, le transformer en objet soumis à sa volonté, à ses désirs, à ses besoins.

La victime du pervers narcissique va progressivement perdre son estime d'elle-même, son énergie et sa substance vitale, à force d'être niée en tant que sujet d'une part, et dévalorisée en tant que personne d'autre part.

guérir un pervers narcissique est impossible, voilà pourquoi

 

Pour guérir une souffrance, il faut la ressentir..

Le pervers narcissique authentique, s'il ne ressent que peu de sentiments véritables, est tout à fait capable d'être charmant, tendre, attentionné dans une relation amoureuse ou amicale, en particulier durant les premières phases de celle-ci.

Ces premiers moments lui permettent de se rapprocher psychiquement de sa proie et de créer le lien intime, par la séduction et la manipulation.

Par la suite, lorsque l'emprise s'est installée, la relation tient et perdure également parce qu'au cours de celle-ci, le pervers narcissique redevient parfois cet être charmant, pour un moment fugace ou de courtes périodes, pour garder l'autre lorsqu'il sent qu'il est allé trop loin et que les limites du partenaire sont atteintes.

Dans ce contexte paradoxal, les proches des pervers narcissiques sont complètement déboussolés, ne savent plus où est le réel et espèrent que le problème de violence morale de leur partenaire puisse être solutionné à travers une prise en charge thérapeutique, puisque le pervers narcissique semble tout de même capable d'être « bon ».

Soyons clairs, un véritable pervers narcissique ne souffre pas et n'éprouve aucun besoin de changer son mode de fonctionnement. Il n'a pas conscience de ce que peut représenter un véritable partage relationnel fondé sur l'empathie, et ne recherche donc pas à faire évoluer son comportement.

Un pervers narcissique authentique, fonctionnant exclusivement selon les modes du déni, du clivage et de la projection, n'est pas en mesure de travailler sur lui-même. La rencontre avec un thérapeute se réalise sur les registres de la séduction et/ou de la manipulation, comme seules défenses que le pervers narcissique maîtrise pour faire face à ce qu'il perçoit comme une intrusion.

Il n'y a dans ce cas là pas de possibilité de produire un quelconque travail thérapeutique, d'autant que la réalité psychique du pervers narcissique est un chaos qu'il n'a pas les moyens internes de symboliser. Pour autant, Racamier écrit : « C'est quand ils ne le sont pas assez que les pervers narcissiques nous consultent.» 

Selon leur parcours de vie et souvent poussées par leur entourage, certaines personnes souffrant de troubles de la personnalité narcissique et possédant quelques traits pervers peuvent en effet se retrouver impliquées dans un suivi thérapeutique.

Ces personnes ont tendance à utiliser des mécanismes pervers lorsqu'elles sont en difficulté, mais la différence majeure avec le pervers narcissique authentique réside dans la qualité du déni à l'oeuvre chez eux : moins puissant et donc moins performant en tant que défense, il ne leur permet pas de se voiler la face en permanence.

Ces personnes sont, de ce fait, capables de ressentir de la culpabilité liée à leurs actes. Elles souffrent véritablement de leur mode de fonctionnement et peuvent exprimer le désir d'être prises en charge psychologiquement.

Dans ce cas, un travail personnel peut se mettre en place, qui risque d'être long, difficile, mais qui peut à terme aboutir à une résolution des problématiques internes.

On l'aura compris, c'est la capacité de ressentir une culpabilité réelle relativement aux actes pervers qui signe la possibilité d'un travail thérapeutique, au sens où elle témoigne de l'existence de l'empathie et d'un moi non totalement clivé.  


AUX VICTIMES : PRENDRE SOIN DE SOI AVANT TOUT

Les relations abusives que nous avons évoquées dans cet article sont fondées sur un lien de dépendance forte entre les partenaires : la victime est sous emprise, attachée à l'image positive de son bourreau et le prédateur a besoin de dégrader l'autre pour exister narcissiquement.

Il est souvent difficile pour les victimes d'un pervers narcissique de conscientiser et d'accepter la réalité de leur situation : lorsque l'on est doté d'empathie on peine à croire qu'une personne puisse se consacrer délibérément à la destruction d'autrui.

Le déni est également très répandu chez les proches du pervers narcissiques qui ne peuvent se reconnaître comme victime, à cause des processus de manipulation à l'oeuvre dans la relation mais aussi parce que c'est un statut difficile à porter émotionnellement.

Il faut pourtant s'écouter et se faire confiance lorsqu'on a l'impression d'évoluer dans une relation destructrice.

Si vous avez l'impression de ne plus être vous-même, de vous perdre de vue, d'être déboussolé(e) et mis(e) en difficulté dans une relation qui vous fait souffrir, vous ne devez pas rester isolé(e).

Gardez autant que possible le lien avec vos proches (famille, amis), ils sont souvent des lanceurs d'alerte en tant qu'observateurs extérieurs. N'hésitez pas à vous informer sur les mécanismes à l'oeuvre dans une relation toxique et/ou avec un pervers narcissique, afin de mieux comprendre où vous vous situez.

Différentes ressources sont mises à votre disposition sur ce site dans cette optique.

Enfin, vous pouvez vous adresser à un professionnel qui saura vous accompagner : il est important de pouvoir être guidé(e) et soutenu(e) pour identifier votre situation, la conscientiser et vous en libérer.

Les psychologues de la clinique e-santé sont disponibles pour vous aider à parcourir ce chemin, n'hésitez pas à nous contacter si vous en éprouvez le besoin.

Article écrit par : Anna Savio -Psychologue Clinicienne de la clinique E-santé

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