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Dépendance affective : comment devenir émotionnellement stable ?

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En tant qu'humains, nous sommes avant tout des êtres sociaux. Il est naturel de
rechercher une satisfaction à travers le partage émotionnel avec autrui.

Dans le cadre de cette disposition innée, autrui est un partenaire et un allié précieux. C'est quand ce rapport à l'autre et à soi-même est marqué par une souffrance émotionnelle et des dysfonctionnements spécifiques qu'on parle de dépendance affective.

Si elle se manifeste le plus couramment par une tendance à rechercher la fusion, notamment dans le cadre de la relation amoureuse, il s'agit d'une problématique plus vaste qui renvoie à l'addiction.

Un vide interne demande à être comblé impérativement, et de nombreux moyens vont pouvoir être mis en œuvre dans cet objectif : surinvestissement de certaines activités (activité sportive intensive, travail à outrance...), troubles alimentaires,utilisation de substances licites (tabac, alcool) ou non (drogues diverses), tout est bon pour éviter de ressentir ce vide qui nous déchire douloureusement lorsque nous nous retrouvons face à nous-même...

Parmi eux, l'investissement pathologique de la relation, qui peut se manifester sous différentes formes telles que la jalousie, le besoin de la présence permanente de l'autre, des comportements irrationnels dans la relation ou au contraire le désinvestissement massif des relations trop intimes par peur de l'attachement, vécu comme trop douloureux.

S'il n'est pas toujours simple de détecter une dépendance affective, nous essayons ici de vous apporter des éléments pour mieux vous comprendre et des clés pour apprendre à vivre plus sereinement.

la dépendance affective : de quoi parle t-on ?

la prise de conscience

La forme la plus reconnue de dépendance affective est celle identifiée par le DSM 5
comme trouble de la personnalité dépendante : c'est le cas des personnes qui souffrent d'une grande peur de la séparation, du rejet, et qui dans la relation auront tendance à se soumettre à l'autre pour ne pas risquer la rupture.

Elles ont une grande difficulté à supporter la solitude, et lorsqu'elles se retrouvent face à elles-mêmes se sentent mal à l'aise et impuissantes.

Ce sont des personnes particulièrement peu sûres d'elles, de leur valeur et de leurs capacités, qui pour cette raison sont en mesure d'accepter des choses qui peuvent leur déplaire ou ne pas leur correspondre afin de préserver la relation et l'amour de l'autre.

Il s'agit là du portrait typique du dépendant affectif, qui renvoie à un véritable diagnostic médical, fondé sur un certain nombre de critères. Pour autant, la dépendance affective est un phénomène complexe qui mérite qu'on s'y arrête plus en détail.

En effet, elle est fondée sur la nécessité d'aller chercher à l'extérieur de soi l'amour ou la gratification affective qui nous manque, à travers la mise en œuvre de comportements sur lesquels nous n'avons pas ou peu de contrôle : il faut combler impérativement un vide douloureux, nourrir des besoins affectifs pour lesquels nous ne sommes jamais rassasiés.

Nous cherchons à nous remplir parce qu'il y a en nous un vide que rien ne semble pouvoir combler, précisément parce que ce vide correspond à l'espace de l'amour de soi, qui fait défaut ou présente des failles importantes chez les personnes souffrant de dépendance affective.

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L'émotion associée est un manque affectif omniprésent. Les moyens de combler ce manque sont nombreux.

Si nous investissons inconsciemment la relation amoureuse comme l'endroit ou nous essayons de nous « guérir » de notre manque fondamental, nous aurons tendance à rechercher toujours plus de preuves de l'amour de l'autre et à avoir besoin de sa présence permanente.

Notre partenaire devient alors notre unique pilier et nous nous attendons à ce qu'il comble tous nos besoins. Nous sur-investissons la relation et nous en attendons trop. L'autre n'est alors pas aimé pour ce qu'il est mais pour ce qu'il donne, pour le bien-être, souvent fragile, qu'il nous procure : « L’autre devient une drogue apaisante et rassurante.

Celui qui réglera nos problèmes d’enfance. Il ne représente plus l’être cher, mais
l’oxygène dont on a besoin pour vivre. » Cette forme de dépendance affective qui se développe dans le lien amoureux est souvent destructrice, soit parce que notre partenaire ne sera jamais à la hauteur de nos besoins, soit parce qu'on tend à se perdre en accordant plus d'importance à l'autre qu'à nous-même.

La dépendance affective peut aussi s'exprimer dans ce domaine par l'incapacité à être seul, à travers une fuite en avant vers la prochaine relation et une multiplication des relations amoureuses.

Il s'agit en effet d'un cercle vicieux dans lequel nous voulons toujours plus sans jamais être pleinement satisfait, puisque l'endroit où nous avons besoin d'être comblé est une faille intime et que l'amour reçu de l'extérieur, s'il a un pouvoir apaisant, ne peut véritablement guérir la blessure.

Ainsi, on retrouve également le mouvement inverse qui se manifeste chez les personnes qui fuient la relation intime, rejetant leur besoin de l'autre et leur sentiment de dépendance, qui sont pour eux sources de honte et de culpabilité.

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aux sources de la dépendance affective

 

Un manque d'amour de soi 

Ainsi, le manque d'amour de soi fonde la dépendance affective. C'est un état douloureux de vide et d'incomplétude, et c'est pour cette raison que le besoin et la dépendance s'expriment aussi dans de nombreux domaines autres que celui de la relation amoureuse : on peut aller chercher le soulagement par les moyens les plus variés, sous la forme de comportements souvent extrêmes qui permettent de se sentir vivant et plein, pour un moment.

C'est le cas des abus de substances de tout ordre (tabac, alcool, drogue), et de tout ce qui peut renvoyer à une dynamique addictive (travail à outrance, sport intensif, achats compulsifs...). Les troubles alimentaires sont également le plus souvent liées à une dépendance affective : la boulimie ou l'hyperphagie permettent de combler un vide intérieur ressenti au niveau du corps.

De la même manière, l'anorexie peut être un moyen de prendre le contrôle par le corps et de nier le manque en refusant son existence même : on rejette le besoin massif d'amour (à travers la symbolique de la nourriture) en contrôlant le corps et l'alimentation.

Cet amour de soi qui fait défaut est quelque chose qui se construit très tôt dans l'enfance, à travers nos relations avec les premières figures affectives : nos parents ou les personnes qui sont chargées de prendre soin de nous.

En lien avec l'estime de soi et la confiance en soi, l'amour de soi renvoie au narcissisme, c'est à dire à la construction précoce de notre sentiment d'être valable et digne d'amour.

Si nous avons manqué très tôt et/ou dans l'enfance d'une présence constante et rassurante ou du sentiment d'être aimé inconditionnellement, nous aurons des blessures importantes au niveau de l'amour de soi, et nous serons plus susceptibles que d'autres de développer une dépendance affective.

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traumatismes et micro-traumatismes..

Des traumatismes ou des micro-traumatismes peuvent aussi être à la source de cette carence affective : l'impression de ne pas être à la hauteur dans le regard de ses parents, l'absence d'un environnement stable, ou le fait ne pas avoir été protégé d'une agression par exemple, sont des éléments susceptibles de dégrader ou de détruire l'amour de soi.

Il existe plusieurs styles d'attachement qui décrivent la manière dont nous nous sommes construits affectivement dans la petite enfance en relation avec nos premières figures d'attachement (le plus souvent nos parents), selon leur disponibilité mais aussi selon la quantité et la qualité de l'amour reçu.

Ces styles d'attachement perdurent à l'âge adulte et on en retrouve 3 principaux : L'attachement sécure, l'attachement préoccupé et l'attachement évitant.

Dans le cas de l'attachement sécure, nous avons en principe pu construire un amour de soi (et donc une estime et confiance) solide et nous abordons sereinement notre rapport au monde et aux autres.

Dans les deux autres cas en revanche, il existe une forte insécurité affective et des troubles (plus ou moins importants) dans nos relations à autrui : c'est le terrain de la dépendance affective.

L'attachement préoccupé est celui des personnes qui rechercheront en permanence à être rassurées sur la présence et l'affection d'autrui, qui investiront tout dans l'autre et auront une tendance à l'hyperémotivité, alors que les personnes ayant un style d'attachement évitant préféreront ne pas s'engager dans la relation (de peur de souffrir encore de ce besoin massif de l'autre), feront difficilement confiance à autrui et enfermeront leurs émotions sous une chape de plomb.

Ces deux modèles correspondent donc à deux stratégies différentes pour vivre avec un manque d'amour de soi, stratégies qui impactent nos relations amoureuses et plus généralement nos relations aux autres. On l'aura compris, la dépendance affective peut prendre des formes bien différentes d'une personne à une autre, même si les blessures originelles sont les mêmes.

comment retrouver une stabilité émotionnelle ?

 

c'est possible, seul(e) ou accompagné(e)

Il est possible que vous vous reconnaissiez dans certaines des descriptions précédentes et que vous vous sentiez en détresse. La dépendance affective est en effet particulièrement douloureuse à vivre au quotidien et est souvent associée à une tendance à l'anxiété et à la dépression.

Elle engendre aussi un sentiment d'impuissance majeur puisque comme on l'a vu, ce besoin irrépressible de combler le manque affectif est associée à une perte de contrôle sur nos propres sentiments et comportements.

Si vous lisez cet article, c'est déjà que vous avez fait un grand pas, celui de vous questionner sur vous-même, d'essayer d'identifier vos troubles et de chercher à aller mieux.

Dans un premier temps, rassurez-vous : rares sont les personnes qui bénéficient d'un amour de soi, d'une estime de soi, et d'une confiance en soi sans faille. En effet, même les personnes ayant un style d'attachement sécure présenteront des traits que l'on retrouve dans les deux autres styles.

Nous avons tous vécu des épreuves, même minimes, ayant mis en jeu notre amour de nous-mêmes et l'ayant au moins un peu égratigné. Pour autant, il est possible de le réparer ; cet idéal à atteindre nécessite un travail intime, plus ou moins important, mais des solutions existent !

Vous devez aussi vous déculpabiliser : vos difficultés, et notamment ce sentiment de perte de contrôle, ne viennent pas du fait que vous ne soyez pas assez « bon », mais bien de fragilités et de blessures anciennes sur lesquelles vous avez le pouvoir d'avancer.

identifier ses blessures avant tout

Pour cela, vous devez d'abord les identifier. Il s'agit donc dans un premier temps de prendre conscience de la situation ou des événements qui ont pu vous atteindre au point d'endommager votre amour de vous-même.

Il est souvent nécessaire de se faire accompagner par un professionnel car les carences affectives sont tellement difficiles à porter que les personnes qui en ont souffert peuvent avoir tendance à être dans le déni de ces blessures d'enfance.

Dans un second temps, il s'agira d'observer vos croyances. Il existe deux types de croyances : les croyances limitantes qui nuisent à notre épanouissement personnel (par exemple : « les besoins d'autrui sont plus importants que les miens ») et les croyances aidantes qui nous soutiennent positivement (par exemple : « je mérite d'être aimé(e) »).

Lorsque l'on souffre de dépendance affective et donc d'un amour de soi détériorée, on est davantage porteur de croyances limitantes que de croyances aidantes. Vous pouvez d'ores et déjà essayer de les identifier, afin de pouvoir les revisiter.

Il s'agira de les remettre systématiquement en question, à la lumière de cette nouvelle connaissance de votre fonctionnement : se pourrait-il que vos croyances limitantes soient fausses, fondées uniquement sur une vision déformée de vous-même par votre faible estime de vous ?

Encore une fois, c'est une démarche dans laquelle un professionnel peut vous guider, en vous aidant à prendre de recul nécessaire au processus. Bien souvent, lorsqu'on a connu des carences affectives importantes, la douleur est telle qu'en tant qu'enfant nous devons nous couper des émotions associées aux événements pour ne pas souffrir plus que nous ne pourrions le supporter.

Dans le cadre d'un travail thérapeutique, il peut donc s'agir aussi de vous reconnecter, cette fois en sécurité, à vos émotions et expériences d'enfance, que vous avez mises à distance.

Tout cela doit se faire selon un rythme qui vous est propre et en fonction de vos capacités d'intégration émotionnelle actuelles. C'est sur ces bases que vous pourrez comprendre vos comportements et modes de fonctionnement en tant qu'adulte, et les faire évoluer.

Il s'agira enfin de reconstruire de bonnes relations avec vous-même et d'apprendre progressivement à porter un regard plus lucide et bienveillant sur vous, notamment en vous exerçant à l'affirmation de soi, ce qui nourrira votre confiance en vous.

Vous l'aurez compris, la dépendance affective se soigne. Quelque soit votre chemin et vos difficultés, sachez que vous pouvez faire un pas de plus en vous tournant vers un professionnel qui saura vous accompagner. Vous aussi avez le droit aller mieux et d'espérer le meilleur : vous libérer de la dépendance affective en apprenant à vous aimer.

Article écrit par : Anna Savio - Psychologue clinicienne à la clinique E-santé

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